Instituteur respecté, Seiichi Yabushita est accusé par une mère d’avoir harcelé et humilié son fils. Médias, rumeurs et opinion publique s’emparent bientôt de l’affaire, jusqu’à faire de la vérité une version parmi d’autres. Inspiré d’une histoire vraie, Sham examine cette mécanique avec une question centrale : comment raconter des faits réels sans imposer au spectateur un verdict définitif ?

Pour Sham, Takashi Miike part du livre-reportage de Masumi Fukuda consacré à l’affaire. Le réalisateur insiste sur ce qui l’a attiré dans cet ouvrage : il ne lui offrait pas un récit parfaitement bouclé, mais une histoire incomplète, composée d’éléments épars. Cette fragmentation, loin d’être un obstacle à éliminer, devient le cœur de son approche.
Miike retient également le respect manifesté par l’autrice envers les personnes impliquées. Suivre une affaire, explique-t-il en substance, revient d’abord à suivre des êtres humains. C’est cette attention qui l’a convaincu qu’une adaptation était possible. La difficulté restait entière : un reportage rassemble des faits, des témoignages et des contradictions, tandis qu’un film tend naturellement à organiser les événements et à guider le regard. Miike a donc cherché une transposition aussi objective et neutre que possible.
Ce principe apparaît dès le début du film. Miike met en scène l’image que la société s’est forgée de l’affaire, mais refuse de la présenter comme une réalité incontestable. Elle passe par le témoignage de Ritsuko Himuro, la mère qui accuse l’instituteur Seiichi Yabushita. Cette distinction est essentielle : ce que voit le spectateur est une parole située, non la voix toute-puissante du film.
Le cinéaste rappelle que les journaux, les magazines hebdomadaires et la télévision ont relayé des affirmations qui pouvaient sembler invraisemblables, mais auxquelles le public a pourtant accordé foi. Sham s’intéresse ainsi moins à une simple opposition entre mensonge et vérité qu’au moment où un récit, à force d’être diffusé et partagé, acquiert le poids d’une réalité collective.
Pour préserver cette incertitude, Miike dit avoir commencé par éliminer les préjugés dans le jeu des acteurs. Il ne voulait pas que leurs gestes ou leurs attitudes désignent trop facilement un coupable, une victime irréprochable ou une intention cachée. Go Ayano, qui interprète Yabushita, devait pouvoir faire apparaître plusieurs facettes d’un même homme, notamment lorsque celui-ci se trouve acculé. Kō Shibasaki, dans le rôle de Ritsuko, incarne de son côté un personnage dont la véritable nature demeure difficile à cerner.
Miike aurait pu tirer de cette affaire une fiction sensationnaliste, conçue pour choquer ou révéler les ténèbres de ses protagonistes. Il choisit au contraire de laisser coexister leurs perceptions. Cette retenue place le spectateur dans une position inconfortable mais stimulante : écouter, comparer et résister au désir d’un verdict immédiat. C’est là que Sham rejoint une expérience familière, bien au-delà du tribunal : devoir se faire une idée à partir d’informations partielles, tandis que la rumeur, la réputation et la puissance d’un récit ont déjà commencé à décider pour nous.
Thriller judiciaire. Réalisation : Takashi Miike — avec Go Ayano et Kō Shibasaki. Sortie en salles le 16 septembre 2026. Note spectateurs Allociné : 4,2/5.