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Le pays miraculeux


Et si la France n’était pas née des Gaulois, ni même avec Hugues Capet ? Dans cet essai, Baptiste Touverey relit la formation historique du pays comme celle d’un « empire accidentel », progressivement transformé en nation. De la romanisation à la conquête de la Normandie, il explore les fondations d’une identité politique fondée sur une alliance singulière entre liberté et égalité, avant d’interroger le récit contemporain du déclin français.

Couverture du livre Le Pays miraculeux

Une histoire moins familière

Le point de départ du livre est une étrangeté : la France serait née dans un espace où coexistaient des populations qui ne partageaient d’abord ni la même langue, ni la même histoire, ni les mêmes valeurs. C’est cette diversité originelle qui justifie le titre de l’essai. Le « pays miraculeux » n’est pas présenté comme une évidence naturelle, mais comme le résultat improbable d’une longue construction historique.

Pour comprendre cette construction, Baptiste Touverey déplace les repères habituels. À la vision d’une France héritière des Gaulois, il préfère celle d’un pays profondément marqué par la romanisation. L’héritage romain constitue, selon lui, un socle plus décisif pour saisir la formation ancienne de l’identité française. Ce choix n’est pas anecdotique : il invite à se méfier des récits nationaux trop simples, qui cherchent une origine unique et immédiatement identifiable.

Un empire devenu nation

L’autre déplacement majeur concerne le moment fondateur de la construction française. L’élection d’Hugues Capet, souvent retenue comme une étape essentielle, ne serait pas le véritable tournant. Touverey met plutôt en avant la conquête de la Normandie par Philippe Auguste, en 1204. En renforçant le royaume d’Île-de-France, cet événement contribue à donner une cohérence nouvelle à un ensemble qui n’a pas été conçu, dès l’origine, comme une nation.

La France apparaît ainsi comme un « empire accidentel ». Elle ne serait pas née d’un projet national préétabli, mais d’un agrandissement progressif, avant de se transformer en nation puis en modèle d’État-nation. Cette lecture permet de penser l’unité française non comme une donnée immémoriale, mais comme une œuvre historique, faite de circonstances, de rapports de force et d’héritages successifs.

Le récit national comme question politique

Cette histoire conduit aussi à une réflexion sur l’identité politique française. L’auteur en souligne la tension constitutive entre liberté et égalité, deux principes dont l’alliance, historiquement difficile, remonterait à une période antérieure à la Révolution française. L’originalité du modèle français tiendrait précisément à cette combinaison : faire vivre ensemble l’émancipation individuelle et la recherche d’une égalité commune.

Dans cette perspective, le récit national n’est pas seulement une affaire de mémoire. Touverey en défend la nécessité, parce que reconnaître la grandeur historique de la France pourrait contribuer à préserver l’idée de nation et la possibilité d’une action démocratique commune. Sans nier les complexités de cette histoire, l’essai entend donc résister au récit contemporain du déclin. Son ambition est de rappeler que la France s’est toujours construite par recompositions, et que son rayonnement ne peut se comprendre sans cette capacité à transformer une diversité originelle en projet politique partagé.

Ancien élève de l’École normale supérieure, journaliste, traducteur et romancier, Baptiste Touverey signe ici son premier essai. Son parcours, notamment à la tête de la revue Books, éclaire une écriture qui cherche à conjuguer érudition et accessibilité, afin de renouveler la manière de raconter l’histoire française.

Essai de Baptiste Touverey, aux éditions Albin Michel. Prix : 29,90 €.

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