L’Insee abaisse le ton sur l’économie française. Dans sa note de conjoncture publiée le 10 septembre 2026, l’institut prévoit une croissance limitée à 0,4 % cette année, après un recul de 0,2 % en début d’année et une stagnation au printemps. La consommation résisterait, mais l’investissement des entreprises et des ménages repasserait dans le rouge. Inflation, énergie, chômage et incertitude budgétaire pourraient continuer à peser sur les décisions des dirigeants de TPE et PME.

L’économie française aborde la fin de l’année avec une marge de manœuvre réduite. Dans sa note de conjoncture publiée le 10 septembre 2026, l’Insee prévoit une progression du produit intérieur brut limitée à 0,4 % sur l’ensemble de l’année. L’institut décrit une France en décalage avec ses principaux voisins européens, alors que l’activité mondiale continue de résister. Pour les entreprises, cette configuration signifie une demande intérieure peu dynamique, des coûts de financement élevés et une visibilité toujours réduite.
La trajectoire française s’est nettement dégradée au fil des trimestres. Après un recul de 0,2 % durant l’hiver, l’activité a stagné au printemps. L’Insee anticipe ensuite une timide reprise, avec une croissance de 0,1 % durant l’été puis de 0,2 % en fin d’année. Ce redressement ne suffirait toutefois pas à effacer la faiblesse enregistrée au premier semestre.
Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance. Les travaux publics subissent un retournement marqué, lié au cycle électoral municipal. Les épisodes de fortes chaleurs ont également pesé sur l’agriculture et devraient coûter 0,1 point de croissance annuelle à l’économie française en 2026. L’institut souligne enfin un marché du travail plus dégradé que dans plusieurs autres pays européens et une impulsion budgétaire moins favorable.
Le principal point de fragilité concerne l’investissement. Après une progression de 0,7 % en 2025, l’investissement des entreprises reculerait de 0,3 % en 2026. Les perspectives de demande, jugées atones, et la hausse du coût du capital incitent les dirigeants à différer certains projets. Pour les TPE et PME, cet attentisme peut se traduire par des arbitrages plus stricts sur les recrutements, les équipements et l’ouverture de nouveaux marchés.
L’investissement des ménages suivrait la même tendance, avec un recul prévu de 1,3 %. La construction neuve se redresserait nettement, mais cette amélioration ne compenserait pas le retournement du marché de l’ancien. L’investissement public serait également en net recul, malgré la progression des dépenses de défense, en raison de la baisse des dépenses de construction des municipalités.
La consommation des ménages resterait positive, mais à un rythme modeste de 0,3 % sur l’année. Pour maintenir leurs dépenses, les ménages puiseraient davantage dans leur épargne. Cette résistance ne masquerait pas une situation plus tendue: le pouvoir d’achat reculerait de 0,4 % en 2026, sous l’effet de la baisse de l’emploi salarié et d’une progression limitée des salaires réels.
L’inflation constitue un autre risque pour l’activité. Après avoir atteint 2,4 % en août en France, elle pourrait s’établir à 2,9 % en fin d’année selon l’Insee. La hausse des prix de l’énergie se diffuserait progressivement aux produits manufacturés et à certains services, notamment les transports. Pour les entreprises, cette évolution entretient la pression sur les achats, les frais logistiques et les marges, alors que la demande limite souvent la capacité à répercuter intégralement les coûts.
Les perspectives d’emploi se détériorent elles aussi. L’économie française détruirait 52 000 emplois salariés en 2026, après 48 000 l’année précédente. Les créations d’emplois non salariés, estimées à 95 000, ne suffiraient pas à absorber la hausse tendancielle de la population active. Le taux de chômage atteindrait ainsi 8,6 % en fin d’année.
Ce mouvement pèse directement sur la confiance. En juin, l’indicateur Insee du climat des affaires s’établissait à 94, contre une moyenne de longue période fixée à 100. Le climat de l’emploi atteignait 89, son niveau le plus bas depuis juin 2013 hors crise sanitaire. Ces indicateurs ne préjugent pas à eux seuls de l’activité future, mais ils témoignent d’un environnement dans lequel les chefs d’entreprise restent prudents.
Dans ce tableau, le commerce extérieur constituerait le principal soutien à la croissance française, notamment grâce à l’aéronautique et au secteur naval. La demande mondiale adressée à la France progresserait de 2,7 % en 2026, après 2,9 % en 2025. Ce relais reste cependant inégal selon les secteurs et ne compense pas entièrement la faiblesse de la demande intérieure.
La Banque de France livre une appréciation proche, quoique légèrement différente selon la date de ses projections. Dans son scénario de juin, elle prévoyait une croissance de 0,5 % en 2026, après avoir retenu 0,9 % en mars. Le gouvernement a également fixé sa prévision à 0,5 % en septembre. Ces écarts tiennent aux dates de publication et aux hypothèses retenues, mais convergent sur un point: la croissance française restera faible.
Pour les dirigeants, la priorité consiste donc à préserver la trésorerie, à tester la solidité des investissements et à suivre de près l’évolution des coûts énergétiques et financiers. L’Insee n’exclut pas une amélioration progressive, mais la reprise annoncée reste fragile. En 2026, la prudence ne relève plus seulement d’un réflexe conjoncturel: elle devient une condition de pilotage.
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