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Le Livre noir de la Justice


Dans Le Livre noir de la Justice, Emmanuel Pierrat enquête sur une institution française fragilisée de toutes parts : manque de moyens, juridictions engorgées, inflation législative et modernisation inaboutie. À travers les délais qui s’allongent, les classements sans suite et la pression des chiffres, l’auteur interroge la capacité de la justice à prendre le temps nécessaire pour examiner équitablement les affaires. Une réflexion sur les conséquences de ces dysfonctionnements pour les citoyens et l’État de droit.

Couverture du livre

Une institution à bout de souffle

La thèse du livre tient d’abord à un constat de déséquilibre : la justice française doit répondre à des attentes nombreuses avec des moyens qui ne semblent pas à la hauteur de sa mission. Pour Emmanuel Pierrat, le manque de moyens constitue l’une des causes centrales de son essoufflement. Il ne s’agit pas seulement d’une difficulté administrative ou budgétaire. Lorsque les ressources manquent, c’est le fonctionnement quotidien de l’institution qui se trouve affecté, ainsi que le rapport des citoyens à la décision judiciaire.

Cette fragilité se mesure notamment à l’engorgement des juridictions. La présentation de Fayard évoque près de trois millions de procédures pénales en attente et des plaidoiries parfois fixées à trois ans. De tels délais transforment l’attente en expérience concrète de la justice. Pour les plaignants comme pour les personnes mises en cause, le temps judiciaire devient alors une dimension décisive de l’affaire, au risque de rendre plus difficile la compréhension et l’acceptation de la décision.

Quand l’urgence remplace le temps du jugement

L’enquête s’intéresse aussi à une évolution plus profonde : l’installation de l’urgence et de la logique du chiffre dans le fonctionnement de l’institution. La justice doit traiter davantage de dossiers, plus rapidement, dans un cadre marqué par l’inflation législative. Mais l’examen équitable d’une affaire suppose du temps : celui de l’écoute, de l’analyse et de la délibération. En mettant en tension ces exigences avec la recherche de la rapidité et de la performance chiffrée, Emmanuel Pierrat questionne ce que devient le jugement lorsque le temps manque.

À cette difficulté s’ajoute l’incapacité de l’institution à se moderniser pleinement. L’inflation des textes complique le travail quotidien, tandis que les outils et les modes d’organisation ne paraissent pas toujours suivre les besoins de la justice. Le livre ne réduit donc pas les dysfonctionnements à une seule cause : il décrit l’effet combiné de moyens insuffisants, de procédures accumulées et d’une adaptation inaboutie.

Le risque d’une justice contournée

Les classements sans suite occupent une place significative dans cette réflexion. Décrits par l’éditeur comme une élimination « par la corbeille », ils peuvent nourrir chez les citoyens un sentiment d’injustice. Lorsque la réponse judiciaire tarde ou ne vient pas, certains se tournent vers le « tribunal de l’opinion ». Ce déplacement révèle une perte de confiance : faute de trouver une réponse dans l’institution, on cherche ailleurs une forme de reconnaissance ou de condamnation.

Avocat au barreau de Paris depuis plus de trente ans, ancien enseignant en droit et conservateur du musée du Barreau, Emmanuel Pierrat s’appuie sur une longue expérience du fonctionnement judiciaire. Son ouvrage entend ainsi relier les difficultés concrètes de la machine judiciaire à une question plus vaste : comment préserver l’État de droit lorsque l’institution chargée de le garantir ne dispose plus du temps, des moyens ou de l’organisation nécessaires ? En mettant en regard les défaillances et leurs effets sur tous les justiciables, cette enquête invite à considérer la justice non comme une abstraction, mais comme une condition quotidienne de l’égalité devant le droit.

Essai de Emmanuel Pierrat, aux éditions Fayard. Parution le 23 septembre 2026. Prix : 21,90 €.

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