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Trois adieux


Après une dispute presque anodine, Marta et Antonio se séparent. Lui se réfugie dans son métier de chef, tandis qu’elle comprend peu à peu que son trouble dépasse le chagrin amoureux. Cette révélation transforme son rapport aux saveurs, à la musique, au désir et au temps. Avec Trois Adieux, Isabel Coixet adapte le dernier livre de Michela Murgia sans en faire un monument funéraire.

Affiche du film Trois adieux

Une proposition d’abord accueillie avec prudence

Isabel Coixet avait découvert Michela Murgia grâce à Roberto Saviano, qui lui avait conseillé L’Accabadora. Elle avait alors été frappée par une écriture capable de faire surgir la beauté du quotidien et de la vulnérabilité. Lorsque le producteur italien ayant acquis les droits de Tre Ciotole lui propose d’en tirer un film, son premier mouvement est pourtant le recul.

L’autrice vient de mourir et cette proximité avec la disparition place immédiatement le projet sous le signe de l’hommage. Coixet craint aussi de revenir sur un territoire qu’elle pense avoir déjà exploré. Elle finit néanmoins par lire le livre. Ce qu’elle y trouve déjoue ses attentes : sous l’apparence d’une histoire de séparation et de désamour se dessine un bouleversement plus profond, porté par Marta et Antonio.

Cette découverte lui permet de déplacer le centre de gravité du projet. Il ne s’agit plus d’illustrer le dernier texte d’une grande figure disparue, mais de transmettre le mouvement qui l’anime : une attention aux existences ordinaires, à leurs contradictions et aux ressources qu’elles inventent lorsque tout change.

Mesurer le poids d’un héritage vivant

Arrivée en Italie, la réalisatrice prend pleinement conscience de la place occupée par Murgia. Écrivaine, intellectuelle catholique, féministe et communiste, elle intervenait avec force dans le débat public. Elle défendait notamment une conception de la famille qui ne repose pas seulement sur le sang, mais aussi sur l’amour et les affinités choisies.

Pour comprendre les attentes entourant l’adaptation, Coixet échange avec Roberto Saviano, grand ami de Murgia, avec ses fils adoptifs et avec Lorenzo Terenzi, son dernier compagnon, qui apparaît également dans le film. Tous voient dans l’existence de Trois Adieux une manière de prolonger la présence de l’écrivaine. Cet espoir rend la responsabilité plus forte : rester fidèle à une pensée sans enfermer celle qui l’a portée dans une image solennelle.

Prolonger une pensée plutôt que célébrer une icône

Coixet refuse précisément la solennité et la fatalité. Avec Enrico Audenino, coscénariste du film, elle adapte moins un mausolée littéraire qu’une invitation à regarder autrement. Dans sa préface au livre, la réalisatrice rapproche les récits de Murgia d’un appel à sortir des automatismes, à considérer les points de vue d’autrui et à interroger le sens donné à nos expériences.

La transmission passe donc par des gestes et des sensations plutôt que par un discours commémoratif. Face au changement, les personnages cherchent de nouveaux rites et de nouvelles ressources de survie. C’est ainsi que Trois Adieux entend garder la voix de Michela Murgia en mouvement : non pas en la sacralisant, mais en invitant chaque spectateur à poursuivre les questions qu’elle a laissées ouvertes.

Drame d'Isabel Coixet, avec Alba Rohrwacher et Elio Germano. Sortie en salles le 2 septembre 2026. Note spectateurs Allociné : 3,8/5.

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