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Decorado


Arnold, une souris au chômage en pleine crise existentielle, vit dans une ville entièrement soumise à A.L.M.A. Persuadé que le monde qui l’entoure est faux, il cherche à s’en échapper avec María, sa femme, malgré la surveillance et le conformisme ambiant. Derrière cette fable animée, Alberto Vázquez imagine une entreprise si puissante qu’elle a fini par remplacer son propre dirigeant.

Affiche du film Decorado

Amazon, Google, Monsanto… et ACME

Dans Decorado, A.L.M.A. ne se contente pas de vendre des produits ou de fournir quelques services. Elle contrôle les données, l’emploi, le logement, l’argent et l’industrialisation. Son influence s’étend même au langage et à la médicalisation excessive de la population. Autrement dit, elle ne règne pas seulement sur l’économie : elle organise la vie quotidienne et façonne la manière dont chacun perçoit le monde.

Pour Alberto Vázquez, cette société fictive tient à la fois d’Amazon, de Google et de Monsanto. La référence ne vient pourtant pas uniquement des géants contemporains. Le réalisateur s’est aussi souvenu d’ACME, la compagnie parodique des Looney Tunes, capable de fournir dans l’ombre absolument tout ce dont les personnages avaient besoin. Il transforme cette plaisanterie de cartoon en image inquiétante d’un système omniprésent auquel personne ne peut vraiment échapper.

A.L.M.A. concentre ainsi plus de pouvoir que n’importe quel État, selon le cinéaste. La fable vise l’hypercapitalisme, mais aussi la dépendance envers les grandes entreprises technologiques qui possèdent les données personnelles. Dans cet univers, perdre sa liberté ne passe pas nécessairement par une interdiction spectaculaire : il suffit que tous les aspects de l’existence dépendent progressivement du même acteur.

Une organisation sans visage

Le choix le plus révélateur concerne le sommet d’A.L.M.A. Plusieurs échelons apparaissent ou sont évoqués : sous-directeur, directeur adjoint, deuxième ou troisième responsable… mais jamais le premier. Cette absence est volontaire. Le véritable chef n’est pas une personne cachée dans un bureau : c’est l’entreprise elle-même.

Alberto Vázquez donne ainsi à A.L.M.A. une puissance presque abstraite. Aucun dirigeant unique ne suffit à expliquer son fonctionnement, et aucun remplacement à sa tête ne pourrait réellement la transformer. L’organisation semble vivre pour elle-même, entretenue par ses procédures, ses relais et l’adhésion de ceux qui en dépendent. Cette idée rejoint le titre du film : le monde ressemble à un décor dont chacun accepte plus ou moins consciemment les règles.

Les masques de la conformité

Cette domination se lit aussi dans le comportement des habitants. En public, les personnages affichent leur soutien à A.L.M.A. et répondent aux attentes du système. Dans l’intimité, leurs doutes réapparaissent. Le réalisateur met ainsi en scène deux visages : celui que l’on présente à la société et celui que l’on conserve chez soi.

Face à une machine aussi vaste, Decorado ne mise pas sur la figure d’un héros solitaire. La résistance prend racine dans des relations sincères, notamment celles qu’Arnold et María entretiennent malgré leurs difficultés. Amitié, affection et solidarité forment un petit espace où il reste possible d’être soi-même. Pour Vázquez, cette communauté choisie constitue peut-être la seule véritable échappée : un grain de sable collectif, assez modeste pour rester humain, mais susceptible d’enrayer l’immense mécanique.

Film d'animation, de Alberto Vázquez. Sortie en salles le 26 août 2026. Note spectateurs Allociné : 4/5.