Le nombre total de défaillances d’entreprises reste à un niveau historiquement élevé en France. Mais le signal le plus préoccupant vient désormais des entreprises de taille intermédiaire: les PME et ETI employant au moins 100 salariés concentrent une part croissante des emplois menacés. Hausse des coûts, ralentissement de la demande, remboursement des dettes et fragilité des chaînes de sous-traitance expliquent ce déplacement du risque. Pour les dirigeants, la prévention et la surveillance de la trésorerie deviennent des priorités stratégiques.

Le paysage des défaillances d’entreprises est en train de changer. Les très petites entreprises restent nombreuses à déposer le bilan, mais la fragilité se diffuse désormais vers des sociétés plus structurées, employant plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de salariés. En 2025, la France a enregistré 68 805 défaillances d’entreprises, selon les données de la Banque de France reprises par l’Insee. Ce niveau confirme la persistance d’une situation tendue après le rattrapage intervenu à la sortie de la crise sanitaire.
Le phénomène est particulièrement sensible pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire. D’après le bilan annuel d’Altares, 236 PME-ETI employant au moins 100 salariés ont fait défaut en 2025, soit une hausse de 18,6 % par rapport à 2024. Dans le même temps, le nombre total de défaillances progressait de 3,1 %. L’écart entre les deux évolutions est significatif: les procédures concernant les entreprises les plus importantes augmentent beaucoup plus rapidement que l’ensemble du marché.
Le déplacement du risque se mesure surtout par son impact social et économique. Les défaillances de PME et d’ETI d’au moins 100 salariés ont menacé 267 200 emplois en 2025, toujours selon Altares. À elles seules, ces entreprises représentent donc un enjeu très différent de celui d’une microentreprise: leurs difficultés touchent leurs salariés, leurs fournisseurs, leurs sous-traitants et parfois plusieurs territoires.
Cette évolution ne signifie pas que les petites entreprises sont épargnées. Altares recense 14 162 procédures concernant les structures employant moins de trois salariés au quatrième trimestre 2025, soit une progression de 5 % sur un an. Mais la dynamique est différente pour les entreprises plus grandes. Les défaillances des PME-ETI d’au moins 100 salariés ont augmenté de 18,4 % au quatrième trimestre, contre 1,7 % pour l’ensemble des entreprises.
Le contraste apparaît également dans les issues des procédures. En 2025, 90 % des PME-ETI d’au moins 100 salariés concernées par une défaillance ont évité la liquidation immédiate, avec une poursuite d’activité dans le cadre d’un redressement judiciaire ou d’une procédure de sauvegarde. Ce chiffre ne traduit pas une absence de risque: il montre plutôt que les dossiers sont plus complexes et que les entreprises cherchent à préserver leur activité, leur outil de production et leurs emplois.
Les PME et les ETI disposent généralement de davantage de ressources qu’une TPE, mais elles supportent aussi une exposition plus large. Leur masse salariale est plus importante, leurs besoins en fonds de roulement sont souvent élevés et leurs engagements contractuels plus nombreux. Une baisse de commandes ou un retard de paiement peut ainsi produire un effet de ciseaux: le chiffre d’affaires ralentit alors que les charges fixes restent difficiles à réduire rapidement.
Les entreprises industrielles illustrent cette vulnérabilité. Elles doivent absorber des coûts de l’énergie, des matières premières, du transport et du financement qui se répercutent parfois difficilement dans les prix de vente. Altares indique que l’industrie manufacturière représente 21 % des défauts parmi les entreprises d’au moins 100 salariés, alors qu’elle pèse moins de 4 % de l’ensemble des défaillances. Le secteur social et les services administratifs destinés aux entreprises figurent également parmi les activités surreprésentées dans les grandes défaillances.
La pression est renforcée par la normalisation du crédit. Après les dispositifs d’urgence déployés pendant la crise sanitaire, de nombreuses entreprises doivent désormais honorer leurs échéances, financer leur cycle d’exploitation et renouveler leurs investissements dans un environnement moins porteur. Pour une société déjà fragilisée, le remboursement d’une dette ne constitue pas nécessairement la cause initiale de la difficulté, mais il peut accélérer la rupture de trésorerie.
Le risque ne reste pas confiné à l’entreprise qui dépose le bilan. Une PME industrielle en difficulté peut fragiliser ses fournisseurs, retarder ses paiements ou interrompre une production essentielle pour un donneur d’ordre. À l’inverse, la défaillance d’un client important peut priver une entreprise de plusieurs mois de chiffre d’affaires et dégrader brutalement son besoin en fonds de roulement.
Cette interdépendance explique pourquoi les dirigeants doivent surveiller non seulement leurs propres comptes, mais aussi la concentration de leur portefeuille clients. Une entreprise rentable en apparence peut se retrouver exposée si une part trop importante de son activité dépend d’un seul donneur d’ordre, d’un marché cyclique ou d’un fournisseur difficilement remplaçable.
Dans ce contexte, les signaux faibles doivent être traités plus tôt: allongement des délais de règlement, hausse des stocks, baisse de la marge, recours accru au découvert ou report d’investissements indispensables. L’enjeu n’est pas d’attendre l’impayé ou la cessation de paiement, mais d’identifier le moment où le modèle économique commence à consommer durablement sa trésorerie.
Les chiffres de 2025 invitent ainsi les dirigeants de PME et d’ETI à renforcer leurs prévisions de trésorerie, à tester plusieurs scénarios de chiffre d’affaires et à dialoguer rapidement avec leurs financeurs. Le redressement judiciaire et la sauvegarde peuvent permettre une poursuite d’activité, mais leur efficacité dépend largement de la précocité du diagnostic. Dans une conjoncture où les défaillances des entreprises employant au moins 100 salariés progressent plus vite que la moyenne, la prévention devient moins un outil défensif qu’un instrument de pilotage.
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