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Emploi privé : les TPE-PME face au frein des recrutements


L’emploi salarié privé a encore reculé en France au troisième trimestre 2026, selon l’estimation flash de l’Insee. La baisse reste limitée sur le trimestre, mais elle prolonge une dégradation désormais installée sur un an. Pour les TPE-PME, l’ajustement passe d’abord par le ralentissement des embauches, le non-remplacement de certains départs et une gestion plus prudente des contrats courts. Les difficultés de recrutement n’ont toutefois pas disparu, notamment dans l’industrie et le bâtiment, ce qui complique les arbitrages.

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L’emploi salarié privé continue de s’effriter, sans basculer pour autant dans une chute brutale. Entre juin et septembre 2026, les entreprises françaises ont réduit leurs effectifs de 25 800 postes, soit une baisse de 0,1 %, selon l’estimation flash publiée par l’Insee le 30 octobre 2026. Ce recul intervient après une diminution de 24 300 emplois au trimestre précédent. Sur un an, le secteur privé compte 69 800 salariés de moins, soit une baisse de 0,3 %. Pour les dirigeants de TPE et de PME, le signal est clair: le marché du travail se refroidit, mais les entreprises n’adoptent pas encore partout une stratégie uniforme de réduction des effectifs.

Une baisse qui s’installe, sans effacer les créations passées

Le recul observé au troisième trimestre constitue le septième trimestre consécutif de baisse sur un an. Depuis le point haut atteint au premier trimestre 2024, l’emploi salarié privé a diminué de 148 400 postes, soit 0,7 %. Il reste toutefois supérieur à son niveau d’avant-crise sanitaire: par rapport à la fin de l’année 2019, le secteur privé compte encore 982 100 emplois supplémentaires, soit une hausse de 4,9 %.

Cette comparaison rappelle l’ampleur du ralentissement actuel. Les entreprises ne reviennent pas à la situation de l’avant-crise, mais elles ont cessé d’augmenter leurs effectifs au rythme observé après la reprise. Dans les petites structures, cette inflexion peut se traduire par une décision simple: reporter une embauche, répartir temporairement la charge de travail ou attendre une confirmation des commandes avant de créer un poste.

Les contrats les plus flexibles absorbent une partie du choc

L’Insee souligne que les contrats en alternance, très majoritairement des contrats d’apprentissage, contribuent fortement à la baisse enregistrée au troisième trimestre. Le phénomène prolonge une tendance déjà visible au printemps. Au deuxième trimestre 2026, l’emploi en alternance avait diminué de 0,6 % sur le trimestre et de 4,7 % sur un an, soit 49 200 emplois de moins. Il demeurait néanmoins supérieur de 56,4 % à son niveau de la fin de l’année 2019.

Les contrats à durée indéterminée, eux, résistaient davantage au deuxième trimestre 2026, avec une baisse de 0,1 % sur le trimestre et de 0,2 % sur un an. Les contrats à durée déterminée hors alternance reculaient de 0,2 % sur le trimestre, mais progressaient encore de 0,5 % sur un an. Ces écarts suggèrent que les employeurs ajustent d’abord les entrées, les contrats temporaires et l’alternance, avant de toucher massivement aux postes permanents.

Le tertiaire marchand et la construction restent sous pression

La dégradation n’est pas homogène selon les activités. Au troisième trimestre 2026, l’emploi salarié a diminué de 6 400 postes dans l’industrie, de 6 100 dans la construction et de 3 200 dans le tertiaire marchand. Le tertiaire non marchand a également reculé de 4 300 emplois sur le trimestre. Dans la construction, le repli s’inscrit dans une tendance persistante: au deuxième trimestre, l’emploi du secteur avait déjà baissé de 6 700 postes sur trois mois et de 21 600 sur un an.

Pour les TPE-PME du bâtiment, la prudence peut donc concerner à la fois les recrutements et les remplacements. Dans les services, la situation est plus contrastée. La Banque de France relevait en septembre une progression de l’activité dans plusieurs services aux entreprises, tandis que les transports et la restauration restaient pénalisés par une demande limitée. Les décisions d’embauche dépendent ainsi fortement du carnet de commandes et de la capacité à préserver les marges.

Les difficultés de recrutement n’ont pas disparu

Le ralentissement de l’emploi ne signifie pas que les entreprises trouvent facilement les compétences recherchées. Dans son enquête publiée en octobre, la Banque de France indique que 18 % des entreprises interrogées signalaient des difficultés de recrutement en septembre. La proportion atteignait 22 % dans la construction et 16 % dans l’industrie.

Dans l’industrie, l’enquête trimestrielle de l’Insee faisait état, en octobre, de difficultés de recrutement pour 38 % des chefs d’entreprise interrogés. Cette proportion restait supérieure à sa moyenne de longue période. Les tensions demeurent particulièrement visibles dans certaines activités industrielles, alors même que d’autres branches souffrent d’un manque de commandes. Pour une PME, cela peut conduire à conserver un salarié difficile à remplacer, même lorsque l’activité ralentit, plutôt qu’à réduire immédiatement la masse salariale.

Le scénario le plus probable : des recrutements plus ciblés

Les indicateurs disponibles plaident davantage pour un ralentissement sélectif des embauches que pour une vague générale de suppressions de postes. L’Insee indiquait en septembre que son indicateur de climat de l’emploi s’établissait à 98, en dessous de sa moyenne de longue période fixée à 100. En octobre, dans les services, le solde d’opinion sur les effectifs prévus rebondissait légèrement, tout en restant contrasté selon les branches.

Pour les dirigeants de TPE-PME, l’enjeu consiste donc à distinguer les postes indispensables à l’activité de ceux qui peuvent être différés. Les recrutements liés à une compétence rare, à un remplacement incontournable ou à un contrat déjà signé restent prioritaires. Les créations de postes destinées à accompagner une croissance encore incertaine peuvent, elles, être repoussées. Tant que les commandes demeurent irrégulières et que les coûts pèsent sur les marges, l’emploi devrait ainsi continuer à s’ajuster progressivement, davantage par les flux d’embauches que par des réductions brutales d’effectifs.

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