Haoui.com

Le crime du 3e étage


Colette, professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre de Hitchcock, soupçonne son nouveau voisin d’en face d’avoir tué sa femme. Réalité ou déformation professionnelle ? Son mari, François, écrivain de romans historico-policiers un peu désuets, est d’abord sceptique face à l’obsession de Colette pour ce prétendu crime. Il se laisse cependant embarquer dans cette enquête rocambolesque, et, à mesure que les indices s’accumulent et que le mystère s’épaissit, ce couple ordinaire se transforme en duo de détectives hors pair. Alors, y a-t-il vraiment eu un crime au 3 e étage ?

Entretien avec le réalisateur Rémi Bezançon

Le Crime du 3ème étage est une comédie à triple fond : un film d’enquête, de reconquête conjugale et un hommage au cinéma, le tout tressé de manière ludique.

Effectivement, au-delà de l’enquête et de la reconquête, ce film est aussi une déclaration d’amour au cinéma. Il est parsemé de références ludiques à des réalisateurs que j’admire, des clins d’œil qui feront sourire les spectateurs cinéphiles... Il y a également quelques allusions à mes propres films, que j’ai toujours imaginés comme un grand jeu de piste.

Comme dans tous les films qui mélangent plusieurs genres, la complexité de ce projet a été surtout de bien doser l’humour, le suspense et la comédie romantique ; ne pas privilégier un genre plus qu’un autre et trouver les bonnes transitions. Je me suis toujours senti plutôt à l’aise dans la tragi-comédie, j’aime désamorcer le drame par l’humour, passer du chaud au froid, mais là, la difficulté était d’y ajouter en plus une dose de suspense à la Hitchcock.

Dans la séquence où Colette se rend dans le bureau de Nathalie Kerbec, par exemple, j’avais envie qu’on ait peur pour elle et que ce soit la comédie qui la sauve. J’essaie de jouer avec les genres sans les parodier, l’un venant prendre le relais de l’autre.

Pourquoi relier votre histoire à celle de Fenêtre sur cour ?

Bresson considérait que monter un film, c'est suivre les regards ; c’est le principe articulateur/point de vue. Et justement, Hitchcock pousse cette idée à son paroxysme dans Fenêtre sur cour lorsqu’il décide de ne jamais déplacer la caméra hors de l’appartement de Jeff (James Stewart), un homme convalescent immobilisé dans un fauteuil roulant. C’est l’articulateur ultime. Et tout le film sera donc de son point de vue.

En termes de regards, Fenêtre sur cour est devenu une référence, et j’avais envie, moi aussi, de jouer avec ce principe fondamental du cinéma. Le film est truffé de références à Hitchcock, certaines sont plutôt évidentes mais il y en a d’autres… Et puis quelle satisfaction de détourner la séquence culte de la scène de la douche en inversant les rôles.

Entretien avec Laetitia Casta - Actrice

Comment percevez-vous l’univers de Rémi Bezançon et qu’avez-vous éprouvé en lisant son scénario ?

Rémi a une manière toujours tendre d’aborder ses sujets, qu’ils soient graves ou plus légers, et je suis très sensible à sa tendresse. J’ai lu son scénario d’une traite et me suis totalement laissée emporter par son histoire et ses personnages. Toutes ces références au Magnifique, à Hitchcock, entre autres, m’ont donné envie de revoir des films. J’ai beaucoup aimé ces différentes couches de lecture : à la fois cette enquête rocambolesque, ces allers-retours entre le réel et la fiction, et cet hommage au cinéma qui traverse le récit d’un bout à l'autre.

Avez-vous appréhendé Colette comme une héroïne ?

Colette est pleine de vie. C’est une femme passionnée, virevoltante, curieuse et obsessionnelle – ce qu’elle assume ! J’ai aimé jouer sa douce folie. Et surtout, elle est à la reconquête de son couple et sait très bien ce qu’elle fait. Pour moi, c’était clair à la lecture du scénario : Colette est consciente des enjeux conjugaux de cette enquête. Elle traverse une mauvaise passe, son couple bat de l’aile, et il lui faut agir. C’est un peu la tentative de la dernière chance : si son compagnon se prend au jeu, elle et lui auront de beaux jours devant eux. Colette entretient aussi un lien étroit à la fiction, au cinéma d’Alfred Hitchcock qu’elle enseigne, en particulier. Elle semble suivre une ligne de crête entre le réel et l’imaginaire, guidée par un instinct très fort…

C’est sa manière à elle de se raconter une histoire séduisante puisque son quotidien ne lui convient plus. Elle devient le sujet de son propre film. C’est sa façon de composer avec l’existence pour ne pas trop souffrir. Passionnée par les héroïnes d’Hitchcock et par Hitchcock lui-même, elle s’imagine même le rencontrer et l’entendre la questionner sur son couple. C’est dire à quel point elle est obsédée par cette question ! Le réel et la fiction s’entremêlent donc en elle et se nourrissent l’un l’autre pour l’aider à trouver une solution et sortir de son ornière conjugale. Elle va focaliser sur son voisin qui, lui, voit clair lorsqu’il lui demande si elle l’épie faute d’être regardée par celui qui partage sa vie… Le voilà, le MacGuffin de cette histoire : cette enquête est un prétexte pour que le désir recircule dans son couple ! Cette lecture m’a conduite à opérer un léger décalage dans mon jeu. Colette est gagnée par une frénésie, un rythme, qui lui appartient. Elle suit sa propre énergie, son audace et sa spontanéité. Elle entre progressivement dans une fiction jusqu’à faire corps avec l’univers d’Hitchcock.

Comédie dramatique de Rémi Bezançon. 3,6 étoiles AlloCiné.

">