
Pendant l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale, François, Eusèbe et Lisa, trois enfants courageux, se lancent dans une aventure secrète : résister aux nazis en plein cœur de la France. Sabotages, messages cachés et évasions périlleuses, ils mènent des actions clandestines sous le nez de l’ennemi. L’audace et l’amitié sont leurs seules armes pour lutter contre l’injustice.
Je n’avais pas lu les albums, mais je savais qu’en plus d’un gros succès de librairie, l’œuvre bénéficiait d’une forte notoriété en milieu scolaire. Me plongeant dans sa lecture, l’itinéraire aventureux de ces trois enfants tout au long des quatre années d’occupation m’est apparu comme une formidable épopée d’aventure, distrayante et jubilatoire, sans jamais pourtant édulcorer les aspects les plus sombres. Preuve que les événements les plus dramatiques peuvent être traités de manière à captiver un jeune public. Fait assez rare en BD, ces trois enfants grandissent, et donc évoluent, au fil des albums. D’enfants, on les suit jusqu’à l’orée de leur âge adulte, ce qui multiplie les niveaux de lecture.
Tout semblait réuni pour m’attirer : des personnages principaux tenus par des enfants, dans un contexte, l’Occupation, qui non seulement me passionne, mais me hante depuis longtemps. Avec des films comme Faubourg 36, dans le cadre du Front Populaire, La Nouvelle guerre des boutons situé en 1944, Les Choristes en 1949, je n’ai jamais cessé de tourner autour. Ma grand-mère, comédienne de théâtre, qui a vécu ces années-là, en est sans aucun doute à l’origine. Son mari la quitte en 1941, lui laissant trois enfants à charge dont mon oncle Jacques Perrin et ma mère (Eva Simonet, comédienne, puis attachée de presse).
Pour subvenir à leurs besoins, elle donne des récitals de poésie dans les cabarets de la capitale occupée par les Allemands. Elle, comme ses enfants, m’évoquaient cette époque dans toute sa noirceur, la nourrissant d’anecdotes souvent poignantes, mais aussi parfois drôles, prouvant encore que le tragique n’exclut pas les sourires et la légèreté. C’est dans cet esprit, conforme à l’approche des auteurs, qu’avec Stéphane Keller nous avons traité l’adaptation, dans laquelle chaque génération peut se retrouver.
On a tourné à Mailly-le-Château, dans l’Yonne, au centre de la France. Il fallait qu’on identifie immédiatement ce village comme un de ceux qui se trouvaient en zone libre (et qui ne le sera plus à partir de novembre 1942), à la lisière de la ligne de démarcation, terrain de passage vers la zone libre. Comme souvent lorsqu’on repère en milieu rural, les habitants se montrent méfiants vis-à-vis des tournages… Mais lorsqu’on gagne leur confiance, tous se mettent en quatre pour participer à l’aventure, qu’il s’agisse de logistique ou d’artistique.
Nombre d’agriculteurs locaux sont venus livrer par tracteurs les centaines de mètres cubes de terre nécessaires pour la scène de l’éboulement. Et, comme à leurs yeux cela manquait encore d’ampleur, les revoilà partis pour un tour sans qu’on n’ait rien demandé.
Peu à peu, des villageois, au départ méfiants, sont venus se proposer pour faire de la figuration. Toutes et tous ont participé avec une joie non dissimulée, jusqu’au maire, Jean-Michel Godefroy, qu’on aperçoit dans plusieurs scènes, notamment une où il se fait brutaliser par des soldats de la Wehrmacht, à la grande joie de ses administrés ! Quand François, dans l’église du village, rend hommage aux disparus de la Guerre de 14, l’assistance est entièrement composée d’habitants de Mailly-le-Château.
Depuis que je l’ai vu apparaître dans Le bureau des légendes, j’ai pris conscience, et ne suis pas le seul, que nous avions affaire à un acteur d’exception. Je me souviens que, lors d’une première projection des Choristes, Agnès Jaoui m’avait demandé qui jouait le pion aux côtés de Jugnot… elle n’avait pas reconnu Kad Merad ! Là, j’étais un peu dans la même situation. Dans ses films suivants, il me fallait un certain temps pour réaliser qu’il s’agissait d’Artus. Et chaque fois, il m’impressionnait.
On a soumis le scénario à son agent qui a été un excellent avocat ! C’était avant la sortie de Un p’tit truc en plus – qui ensuite a délogé Les Choristes de la première place au box-office pour un premier film ! Et malgré ce succès phénoménal, il a eu la loyauté de rester attaché au projet.
Sur le tournage, il m’a impressionné. Sa première séquence fût celle où il vient s’expliquer avec le cafetier collabo. Nous nous étions relativement peu vus en amont du tournage. L’indication principale que je lui avais donnée était que son personnage, paysan taiseux d’un abord austère, n’est pas du genre à faire de grands discours. Sa force, son humanité, comme ses fêlures, ne peuvent percer la façade qu’en attitudes et en regards. Il a adopté une façon de parler des plus sobres mais avec une expression si intense que, dès ce premier jour, je savais qu’on tenait un personnage formidable.
Un drame historique noté 3,7 étoiles sur AlloCiné.