
Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d'ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l'inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule...
C’est un sujet qui est venu à moi de façon assez surprenante. En 2016 j’ai interprété́ le rôle de Jean Servier, dans le film Planétarium, de Rebecca Zlotowski. J’y jouais un cinéaste qui, à la fin des années trente, se lançait dans le tournage d’un drame sentimental teinté d’occultisme. Pour m’aider, Rebecca m’avait alors résumé́ en quelques mots le film que Servier était censé réaliser dans le sien : «Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale.» J’avais adoré cette idée. C’est drôle, dix ans plus tard j’ai écrit et réalisé le film que mon personnage tournait dans celui de Rebecca.
Non, parce que la crédulité du personnage principale, sa croyance n’aurait pas été acceptable à une autre époque. Nous avons essayé d’en faire un film contemporain, mais cela ne fonctionnait plus. En 2020, Antoine devenait trop candide, trop crédule, tandis qu’à la fin du XIXe ou au début XXe siècle cela en fait un personnage ouvert, curieux. À cette époque, les religions perdent de l’influence ou s’effondrent mais le besoin de croire persiste et beaucoup se tournent vers l’occultisme. Suzanne se sert de cette ruée vers la superstition pour tenter de changer de vie.
J’y ai tout de suite vu un dispositif qui pourrait s’amplifier en générant seul sa propre fiction. Sans péripétie extérieure. Ce petit prélude à un scénario semblait déjà̀ tout contenir et m’offrir la possibilité́ d’inventer une pure comédie où les personnages seraient constamment tiraillés entre sacrifice et intérêt personnel, entre manipulations et abandon...
La toute première version date de mars 2018… J’ai d’abord travaillé sur la structure avec Benjamin Charbit, pendant quelques mois, avant qu’il ne soit happé par un projet personnel, puis j’ai repris avec Benoît Graffin pendant toute une année. Je n’aime pas vraiment écrire, mais j’aime retrouver Benoit pour le faire. C’est notre septième film ensemble et j’ai l’impression qu’on court tous les deux après un même idéal de film qui nous porte. Un récit teinté d’ironie, de souffrance et de légèreté. De burlesque aussi. Avec souvent cette idea au centre que le mensonge, c’est à dire la fiction en somme, nous aide à nous comprendre. Il m’a tellement aidé à définir cet idéal. On n’est pas près de l’atteindre, mais c’est tellement plus agréable de courir avec lui.
Oui. Ensuite, j’écris toujours seul l’adaptation et les dialogues parce que, de fait, c’est le début de la réalisation. Le rythme des dialogues, les descriptions, induisent déjà les plans et le ton. Mankiewicz appelait ça « la mise en film ». Je trouve que c’est parfait comme expression. C’est le moment où je commence à voir le film.
Une comédie de Pierre Salvadori, noté 4 étoiles sur AlloCiné.