Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants, et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.

Il y a quelques années, un producteur qui avait vu mes précédents films m'a contacté pour me confier l’adaptation de ce livre. À l'époque, je venais de terminer La Famille Asada (2020) et je voulais écrire un scénario original. Mais le livre correspondait à la vision du monde que je m’efforce depuis toujours de dépeindre et il abordait le thème que j'avais souvent traité dans mes films : comment ceux qui restent s’efforcent de vivre après la disparition d'un proche.
Riko Murai est une autrice douée pour l'observation, ou plutôt, elle est capable de prendre du recul par rapport à une situation. Je trouve formidable d’être parvenu à écrire cette histoire difficile, qui est la sienne, sans la rendre pénible. Son livre décrivait les êtres humains d'un point de vue proche du mien. Même s'il s'agit de la fin d'une vie, on ne peut s'empêcher de sourire et c’est ce qui m’a attiré.
Il ne s'agit pas de suivre l'œuvre originale à la lettre, mais de pouvoir l'assimiler et la restituer, mais je m'intéresse à la tendresse et au côté comique des êtres humains, et donc aux œuvres qui vont dans ce sens. Je ne pense pas être capable de traiter celles qui mettent l'accent sur les émotions de manière frontale. J’ai été formé à l'école Imamura (école de cinéma japonaise fondée par le réalisateur Shōhei Imamura), et j'adore le terme « tragédie comique » utilisé par M. Imamura. C'est cela, la vraie comédie selon moi : les efforts désespérés et acharnés des personnages, à la fois drôles et attachants, dans des situations difficiles. Quel que soit le sérieux d’un sujet, mon style consiste à mettre l'accent sur la tendresse et le comique des êtres humains.
J’ai ensuite rencontré Riko Murai dans la préfecture de Shiga, elle m'a raconté des anecdotes qui ne figurent pas dans l'œuvre originale et j'en ai intégrées beaucoup dans le film. Par exemple que son frère était doué pour préparer les nouilles soba et que toute la famille adorait son plat, ou encore que les parents tenaient un café-jazz et que son frère l’y emmenait à vélo. J’ai imaginé qu’il devait y avoir beaucoup d’amour entre ce frère, parfois odieux, et sa sœur. À l’origine de ce scénario, il y a donc l'œuvre originale, les souvenirs de Riko Murai et mes propres réflexions et expériences.
Le séisme m’a profondément marqué et avec La Famille Asada, réalisé environ 9 ans après, j’ai enfin pu l’exprimer à ma manière. Dans Mon grand frère et moi, le frère a soudainement déménagé dans la ville de Tagajō, dans la préfecture de Miyagi, une région qui a été gravement touchée. Je me suis moi-même rendu sur place pour des repérages et des interviews, et j'ai pu constater les traces laissées par le séisme. Devant la gare, il y a même un panneau indiquant jusqu'où le tsunami est arrivé. J’ai imaginé qu’après avoir connu plusieurs échecs dans sa vie, le frère voulait se reconstruire dans un nouvel endroit, en même temps que la ville. Il me semblait nécessaire d’intégrer de façon précise les faits liés au séisme pour décrire cette volonté de se relever et la scène à l'école primaire traduisait selon moi naturellement le contexte.
Le livre n'est pas particulièrement spectaculaire et pour retranscrire visuellement l'attrait de l'œuvre originale, la clé résidait en effet dans la manière de représenter le frère décédé. Je ne voulais pas avoir recours au flash-back ou le faire apparaître sous forme de fantôme. Puisque le personnage principal, Riko, est une écrivaine, j’ai décidé d’utiliser un procédé très visuel en faisant apparaître son frère comme une image qui surgit dans son esprit. Toutes les paroles qu'il prononce sont celles qu’elle souhaitait entendre et qui sont en elle. Elles constituent finalement un monologue intérieur. Dans la scène du supermarché, lorsqu'il lui dit « tu vas continuer à vivre, donc tu dois trouver tes réponses », il s'agit en réalité de la voix de son cœur. C'est en ayant conscience de cela que l'on comprend pleinement le film.
Une comédie dramatique de Ryōta Nakano, noté 4,1 sur Allociné.