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Die My Love


Grace et Jackson fuient New York et décident de fonder  une famille dans l’immensité sauvage du Montana. Mais quand leur fils naît, lasse et en proie  à une solitude grandissante, Grace sent sa réalité lui échapper. Peu à peu, elle perd pied,  fragilisée par une maternité qu’elle affronte presque seule.

Entretien avec la réalisatrice Lynne Ramsay

Qu’est-ce qui vous a attirée dans le roman die, my love d’Ariana Harwicz ? et comment avez-vous abordé l’adaptation d’un texte aussi intérieur et subjectif ?

C’est un roman difficile, très sombre, avec une temporalité éclatée. Je ne voulais pas aller exactement dans cette direction. Je m’en suis un peu détachée. Je voulais introduire de l’humour, conserver l’animalité et la sexualité du personnage, mais en faire avant tout une histoire d’amour — une histoire d’amour folle — plutôt qu’un film uniquement centré sur le post-partum.

J’ai été frappée par l’énergie du livre : quelque chose de très brut, très direct, et aussi très drôle. On est totalement dans la tête de cette femme, et je voulais préserver cette subjectivité. Je ne voulais pas expliquer les choses de manière psychologique. Je voulais quelque chose de sensoriel, physique, presque instinctif.

Je suis restée dans son point de vue à elle : tout est filtré par elle. Le son, les images, les comportements — tout devait être subjectif. Je ne voulais pas d’un film analytique. Je voulais que le spectateur ressente ce qu’elle ressent, même si c’est inconfortable.

Comment avez-vous conçu la relation entre les deux personnages du couple ?

Grace, le personnage de Jennifer Lawrence, est un animal sauvage. Elle est anticonventionnelle, presque anarchiste. Elle détruit le monde parce qu’elle est frustrée. Mais je ne voulais pas justifier cela par des explications faciles. Elle s’ennuie, elle traverse une forme de blocage.

Elle et son mari vivent dans des univers différents pendant un moment. Elle vient d’avoir un bébé, et quelque chose commence à se fissurer. Jackson, le personnage de Robert Pattinson, est plus ambigu. Parfois présent, parfois absent. Il essaie, mais il ne comprend pas vraiment ce qu’elle traverse.

Je ne voulais pas d’une relation simpliste : il n’est pas foncièrement mauvais, il ne comprend simplement pas. Il y a une déconnexion entre eux. Ils ne sont plus sur la même longueur d’onde.

Le film est très physique et sensoriel, était-ce votre intention dès le départ ?

Oui. La maternité est physique : c’est hormonal, épuisant, désordonné. Il y a aussi le désir, la colère, l’ennui — tout se mélange. Je voulais qu’elle soit presque animale dans sa manière d’agir, qu’elle fonctionne à l’impulsion.

Grace essaie simplement de ressentir quelque chose. Elle se cogne contre une porte vitrée, arrive à des événements habillée de manière inappropriée, dit des choses déplacées. Elle rampe dans l’herbe, grogne. Tout cela pour se débarrasser de cette sensation d’engourdissement liée à l’isolement.

Comment avez-vous travaillé avec Jennifer Lawrence pour construire ce personnage ?

Elle s’est engagée totalement. Elle n’avait pas peur d’aller vers quelque chose de très brut. Nous avons très peu répété. Je préfère préserver la spontanéité. Elle pouvait changer d’énergie très rapidement, elle est extrêmement instinctive.

Pour faciliter ce travail, je diffusais de la musique pendant le tournage afin d’influencer son jeu et de provoquer des réactions immédiates. Je laisse toujours de la place à l’improvisation. Certaines scènes étaient écrites, mais l’énergie restait ouverte. Les acteurs pouvaient trouver des choses dans le moment.

Il y a une scène où elle renverse un panier à linge puis lèche une fenêtre : Jennifer s’est lancée à fond. Je ne lui dictais pas chaque geste. Le personnage semblait piégé, et quelque chose d’organique apparaissait.

Un Drame de Lynne Ramsay. Noté 3,2 étoiles sur AlloCiné.

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