
D’un monde à l’autre est un documentaire intime, un voyage humain et sensoriel à travers le deuil et l’amitié. Après la mort accidentelle de son meilleur ami, Jérémie entame un chemin de recueillement grâce à la rencontre d’un explorateur français, Loury, qui parcourt des territoires inhabités dans des conditions extrêmes. Ils vont partir ensemble à travers la banquise arctique. Livrés à eux-mêmes, les deux hommes vont s’éprouver, jusqu’à redevenir vivants. Une quête initiatique, qui explore les territoires de la vie, là où l’hostilité du monde renvoie à la mort.
Voici le texte nettoyé et aligné, sans les coupures de ligne et avec les quelques coquilles de caractères spéciaux (comme les ligatures manquantes) corrigées pour une lecture fluide :
J.R – Au départ, il s’agissait d’une simple proposition de voyage, une expérience que je devais traverser moi-même. Mais après quelques jours, j’ai été tellement captivé par cette rencontre, par les mille vies de Loury, que l’envie de la raconter s’est imposée. À cette époque, je m’étais éloigné du cinéma, du jeu d’acteur ; j’avais tiré un trait dessus, convaincu que cela ne m’habitait plus, que cela n’avait plus de sens pour moi à cet instant. J’ai raconté cette rencontre à Hugo Sélignac, qui avait produit mon premier film, et il m’a répondu, à la fois en tant qu’ami et producteur, que ce qui l’interpellait, c’était la raison pour laquelle moi, j’éprouvais l’envie de suivre Loury jusqu’en Arctique.
Il m’a demandé si je me sentais capable de me livrer sur ce que je traversais, estimant qu’il y avait là une histoire à porter à l’écran. Au début, je suis resté totalement hermétique. Je refusais de me raconter, de m’exposer, de me placer au centre. Mais Loury, lui, trouvait cela formidable, et j’ai commencé à mettre des mots sur ce que je vivais. L’écriture m’a profondément apaisé, comme si ma douleur sortait enfin, et c’est ainsi que la première étape s’est amorcée. Cela restait un véritable pari pour tout le monde : personne ne savait si, techniquement, c’était réalisable. Finalement, ce film s’est construit sur notre amitié. Du côté de la production, les équipes de Chi-Fou-Mi connaissaient bien Gaspard, et Gary Farkas de Vixens était même un de ses amis proches.
L.L – Et la singularité de ce film tient au fait que tout est vrai. On y découvre des images presque irréelles du Grand Nord, alors même qu’il s’agit d’un territoire extrêmement complexe à filmer. C’était presque audacieux, voire présomptueux, d’envisager un tel projet au départ, et le fait d’être parvenu à tisser un lien entre le langage du cinéma et celui du documentaire le rend, à mes yeux, profondément émouvant.
J.R. – C’était une équipe très réduite : nous étions cinq. Il y avait une cheffe d’expédition, deux cadreurs, Loury, moi, et ponctuellement, un régisseur selon les étapes. J’ai choisi de partir avec le chef opérateur Fabien Ruyssen, un ami d’enfance, parce que j’ai très vite compris que j’avais besoin de quelqu’un qui me connaissait intimement. J’éprouvais le besoin de me sentir protégé, entendu, accompagné par une personne qui ne porterait aucun jugement sur moi.
Et il se trouve que Fabien est aussi un plasticien, un photographe, un artiste d’une grande exigence, doté d’un regard visuel particulièrement affirmé. Sur la glace, nous étions accompagnés d’un cadreur, Nathanaël Sapey-Triomphe, spécialisé dans ce type de tournage extrême, qui assurait la prise de vue, le pilotage du drone… De mon côté, j’ai également filmé seul à certains moments. Même si l'expérience s'est révélée éprouvante à bien des égards, j'ai ressenti un réel plaisir à capter la vérité brute de la vie. Les épreuves qu’elle impose, et la manière dont elles peuvent se transformer en matière narrative, c’était comme si la vie elle-même alimentait le récit, m’offrait un scénario gratuitement.
L.L – Cela a marqué pour Jérémie une forme de renouveau, presque une seconde naissance dans son rapport au cinéma. Cette aventure lui a rappelé ce qui, à l’origine, l’avait conduit vers ce métier. De mon côté, je veillais aussi à lui rappeler qu’il s’inscrivait d'abord dans une démarche personnelle, chaque fois que je sentais que le film risquait de prendre le pas sur son propre cheminement.
Un documentaire de Jérémie Renier noté 3,9 étoiles sur AlloCiné.