
Après plusieurs années marquées par des tensions persistantes sur le marché de l’emploi qualifié, les entreprises françaises réorientent progressivement leur stratégie RH vers un levier devenu plus structurant : la montée en compétences interne. Selon la Banque de France, près de 60 % des entreprises industrielles déclaraient encore en 2025 des difficultés de recrutement sur au moins une fonction clé, tandis que les délais moyens d’embauche continuent de s’allonger dans les fonctions support et financières. Dans ce contexte, la formation interne devient un outil d’ajustement opérationnel plus rapide que le marché du travail.
Le recrutement externe reste nécessaire, mais il est désormais davantage différé et ciblé. Les entreprises ne l’utilisent plus comme réponse immédiate à un besoin, mais comme un arbitrage parmi d’autres solutions internes.
Dans plusieurs secteurs (services, industrie, activités de gestion), les directions privilégient désormais :
- le repositionnement de collaborateurs déjà en poste plutôt que l’ouverture systématique de postes,
- la réorganisation interne des équipes pour absorber les variations d’activité,
- la réduction des recrutements “intermédiaires”, jugés trop longs à sécuriser et parfois surdimensionnés par rapport aux besoins réels.
Cette évolution traduit un changement de logique : le marché du travail devient un environnement d’appoint, et non plus la source principale d’ajustement des compétences.
La montée en compétences interne change également de nature. Les dispositifs longs (plans de formation annuels classiques, parcours généralistes) reculent au profit de formats courts directement liés aux besoins métiers.
On observe notamment :
- des modules de formation de quelques heures à quelques jours centrés sur un usage précis (outil, process, méthode),
- une intégration plus forte de la formation “dans le flux de travail” plutôt qu’en dehors de l’activité,
- et une logique de montée en autonomie rapide plutôt que de maîtrise exhaustive.
Dans certaines entreprises, le temps moyen pour rendre un collaborateur opérationnel sur une nouvelle mission a été réduit de plusieurs semaines à quelques jours sur des tâches standardisées, notamment grâce à la digitalisation des supports et à la structuration des processus.
Ce basculement transforme profondément le rôle des directions RH et des managers. La performance ne dépend plus uniquement de la capacité à recruter, mais de la vitesse de circulation des compétences dans l’organisation.
Les pratiques les plus structurantes aujourd’hui sont :
- la généralisation de la mobilité interne comme outil de pilotage des ressources,
- le développement de binômes entre profils expérimentés et collaborateurs en montée en charge,
- et la formalisation progressive de parcours courts de montée en compétence directement liés aux besoins opérationnels.
Dans ce modèle, la compétence devient moins un stock à acquérir qu’un flux à organiser en continu.
L’intelligence artificielle joue un rôle indirect mais significatif dans cette évolution. Selon plusieurs études de l’OCDE sur la transformation du travail, les outils d’IA générative peuvent réduire de 20 à 40 % le temps consacré à certaines tâches de production et d’analyse dans les fonctions tertiaires.
Ce gain de temps modifie l’équation RH : il devient moins pertinent de rechercher un profil “parfaitement opérationnel”, puisque une partie de la montée en compétence peut être absorbée directement dans les outils de travail.
L’enjeu pour les entreprises n’est donc plus uniquement de recruter mieux, mais de structurer des organisations capables de faire monter en compétence rapidement des profils déjà présents.
Sources : Banque de France - enquêtes sur les tensions de recrutement (2025-2026). OCDE - Skills Outlook 2026 : compétences et transformation du travail
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