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L'Abandon


Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique.

Entretien avec le réalisateur, Vincent Garenq

L’Abandon retrace l’histoire de Samuel Paty. Comment est né le projet du film ?

Le nom de Samuel Paty, nous le connaissons tous, mais au fond nous ne connaissons pas réellement son histoire. Comme beaucoup de Français, j’ai vécu le choc et l’effet de sidération à l’annonce de son assassinat. Beaucoup de tristesse et de désarroi aussi.

En échangeant avec Outside Films, les producteurs (rejoints par Les Films du Kiosque), je me suis rendu compte que derrière l’effroi collectif, il y avait une histoire et que cette histoire, une véritable tragédie jusque dans ses ressorts, devait être racontée.

Après, on ne sait jamais vraiment pourquoi on se lance dans un film. On a une intuition, une envie et on la suit. C’est en le faisant qu’on découvre les raisons profondes de pourquoi on fait un film.

Ce qui m’a inspiré très vite, c’est cette dramaturgie naturelle, ces unités de temps, de lieu et d’action. Cette impression d’un collège assiégé. Cette dimension kafkaïenne. Tous ces éléments réels étaient très cinématographiques.

Ces enchaînements d’événements, ces liens de cause à effet assez sidérants qui ont mené à cette catastrophe et que peu de gens connaissent, il me semblait nécessaire de les raconter. Et il y a aussi l’humanité de tous ces personnages qui ont soutenu Samuel Paty : la principale et son adjointe, la gardienne du collège, des profs, ces familles musulmanes…

Pourquoi ce titre ?

Parce que son histoire est une succession d’abandons, de dysfonctionnements, de lâchetés ou de naïvetés. Ce titre exprime aussi la solitude d’un professeur pris dans une mécanique qui le submerge.

Dans ce film, on sent une machine qui s’emballe alors que pourtant, très vite, on sait que la jeune fille a menti. C’est un aspect très étonnant.

On sait que le malentendu dans la classe où les enfants sont sortis est totalement résolu. On sait qu’une jeune fille a brodé un mensonge autour de cette histoire. On sait que les campagnes vidéo du père de l’élève et de l’islamiste sur les réseaux sociaux sont mensongères… Et pourtant la machine continue de s’emballer, elle ne s’arrête pas.

Entretien avec l’acteur Antoine Reinartz (Samuel Paty)

Vous dites que vous auriez aimé en savoir davantage sur lui. On imagine que vous avez rencontré sa sœur Mickaëlle Paty ?

Bien sûr, ne serait-ce que pour qu’elle donne son aval. Nous avons dîné ensemble. Elle m’a observé toute la soirée.

À la fin du repas, elle m’a dit : « Ne change rien, tout va bien, la façon dont tu bouges tes mains, c’est super ! Juste, souris moins. »

Je ne faisais pas du tout exprès de m’exprimer de telle ou telle façon, j’étais seulement moi-même en train de lui parler de son frère. Mais sa réaction m’a rassuré. J’avais sa validation, c’était très important.

Comment se prépare-t-on pour un tel rôle ?

J’ai lu beaucoup de livres, beaucoup d’articles aussi, des comptes rendus du procès bien sûr, et je suis allé voir une amie professeure d’histoire-géographie qui enseigne à des quatrièmes et des troisièmes.

J’avais envie de me replonger dans cette ambiance, capter le langage des élèves d’aujourd’hui, voir aussi comment l’on enseigne, le rapport professeurs-élèves.

J’ai vu à quel point les professeurs sont en première ligne sur plein de sujets. C’est dur pour eux de réussir à enseigner sans que le « reste du monde » n’arrive en classe et j’ai été bluffé par l’intérêt des élèves, leur attention.

En rendant visite aux classes de cette amie sans doute une très bonne professeure comme l’était Samuel Paty on échappe aux clichés de cours chahutés tellement déprimants. La réalité est ailleurs.

Drame de Vincent Garenq, noté 4.4 étoiles sur AlloCiné.

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