
Pendant des années, ses patients lui ont fait confiance. Ils l'appelaient leur médecin de famille, le recevaient chez eux et lui confiaient leur vie. Pourtant, derrière cette image de médecin devoué se cachait l'un des criminels les plus meurtriers de l'histoire moderne : Harold Shipman.
Né en 1946 en Angleterre, Harold Shipman devient médecin généraliste et s'installe à Hyde, près de Manchester. Pendant des années, il mène une vie en apparence irréprochable et se construit une solide réputation auprès des habitants, qui le considèrent comme un homme chaleureux et attentionné.
Mais à partir des années 1970, une étrange série de décès commence à frapper sa patientèle.
Contrairement à d'autres tueurs en série, Shipman n'utilisait ni armes ni violence physique. Sa méthode reposait entièrement sur son statut de médecin et sur la manipulation administrative.
Le profil des victimes : Il ciblait principalement des femmes âgées vivant seules. Ces personnes, vulnérables et isolées, lui accordaient une confiance aveugle.
L'arme invisible : Lors de simples visites de routine à domicile, sous prétexte d'un soin ou d'un soulagement de la douleur, il injectait à ses victimes une dose mortelle de diamorphine (une forme médicale d'héroïne).
La mise en scène : Après l'injection, il laissait la victime installée confortablement dans son fauteuil ou son lit, entièrement habillée, pour donner l'impression qu'elle s'était éteinte paisiblement pendant son sommeil.
La falsification informatique : C'est la clé de son système. Immédiatement après le meurtre, Shipman retournait à son cabinet et modifiait le dossier médical du patient sur son ordinateur. Il y ajoutait de fausses pathologies graves (arrêts cardiaques antérieurs, maladies chroniques) pour justifier le décès à venir.
Le piège parfait : En tant que médecin traitant, il était souvent le seul professionnel appelé pour constater le décès. Il signait lui-même les certificats de mort naturelle, évitant ainsi toute autopsie et toute suspicion des familles ou des autorités.
Pendant près de trente ans, ce système redoutable a fonctionné sans éveiller les soupçons. Mais en 1998, Shipman commet une erreur fatale après la mort de Kathleen Grundy, une ancienne maire de Hyde.
Sa fille, Angela Woodruff, avocate de profession, découvre un testament étrange : sa mère aurait légué une grande partie de sa fortune au docteur Shipman. Convaincue qu'il s'agit d'une fraude, elle alerte la police.
L'enquête s'accélère :
- Les expertises prouvent que le testament a été falsifié sur la machine à écrire de Shipman.
- Le corps de Kathleen Grundy est exhumé, révélant des doses massives de diamorphine.
- Les enquêteurs examinent les dossiers informatiques du médecin et découvrent les modifications apportées après les heures de décès.
Arrêté en septembre 1998, Harold Shipman est reconnu coupable en 2000 du meurtre de 15 patientes et condamné à la prison à vie.
Cependant, l'enquête officielle menée après son procès révèle une réalité bien plus terrifiante : une commission estime qu'il a tué au moins 215 patients (et possiblement plus de 250), faisant de lui l'un des tueurs en série les plus prolifiques de l'histoire.
L'affaire Shipman a profondément ébranlé le Royaume-Uni et a conduit à une réforme complète du système médical britannique. Les procédures de délivrance des certificats de décès et le contrôle de la prescription des opiacés ont été totalement durcis pour qu'un tel drame ne puisse plus jamais se reproduire.
Harold Shipman n'a jamais avoué ses crimes ni expliqué ses motivations. Le 13 janvier 2004, il s'est suicidé dans sa cellule de la prison de Wakefield à l'âge de 57 ans, emportant ses secrets avec lui.