
Dans les Pyrénées françaises, la réintroduction d’ours dans une communauté pastorale ravive les tensions au sein d’un village de montagne. Certains sont pour la préservation, d’autres découvrent leurs brebis tuées. Le film suit un berger vieillissant et un adolescent passionné par la nature et les animaux. Tous deux sont fascinés par ces ours et passent jours et nuit d’orage au cœur des massifs à les attendre, les épier, les surprendre…
Il n’y a eu aucun hasard. J’étais venu exprès pour faire ce film. Il y a quelques années, j'avais passé deux mois dans une petite communauté écologique dans le sud-ouest de l’Angleterre. Je réalisais un court métrage sur ses membres qui y vivaient en totale autosuffisance alimentaire. J’y avais rencontré un monsieur ayant passé du temps dans les Pyrénées dans les années 80. Un type excentrique, philosophe, marxiste, faisant lui-même son fromage… il est le premier à m’avoir parlé de transhumance, ce qui a tout de suite éveillé ma curiosité.
Dans le bus du retour, je me souviens avoir lu un article sur internet racontant une attaque d’ours ayant entraîné la mort de plus de deux cents brebis. À cette époque j’ignorais qu’il existait des ours dans les Pyrénées. En tant que citoyen, je suis traversé par de nombreuses inquiétudes écologiques. Le sujet m’a donc immédiatement intéressé. Sans savoir d’ailleurs si j’étais pour ou contre la réinstallation des ours dans leur habitat naturel. Je n’étais pas sans opinion, mais impossible de me prononcer de manière tranchée.
J’ai beaucoup lu de choses sur le sujet et c’est ainsi qu’est née l’envie de réaliser un documentaire. Nous étions en 2017 et, à l’époque, je ne parlais pas un mot de français. Deux ans plus tard, toujours interpellé sur le sujet, j’ai croisé la route d’un ami qui parlait français et m’a proposé de m’accompagner en Ariège afin d’assurer la traduction. Je suis arrivé et suis tombé amoureux de cette région. J’ai arrêté tout ce que je faisais, ai décidé de m’installer sur place et d’apprendre la langue. Ce qui explique que longtemps j’ai eu un accent régional très prononcé (rires).
D’abord les gens. Et l’histoire de leur région qui reste toujours au cœur de leurs conversations. En particulier celles liées aux ours. Le sujet est omniprésent. Le slogan ‘non à l’ours’ est littéralement partout dans les rues. Au début les gens étaient réticents voire opposés, à en parler. On sent que le sujet est très sensible. Les oppositions sont radicales. On est soit contre, soit pour. Mais les langues se sont peu à peu déliées. Le déclic fut quand j’ai passé une nuit en compagnie de bergers et de leurs chèvres. Là j’ai définitivement su que je voulais faire un film sur eux et avec eux sur leurs conditions de vie.
J’aime l’immersion dans le réel qu’il autorise. J’aime le doc car il me permet, avant même l’histoire qu’il raconte, d’être au plus proche des gens. C’est presque un prétexte pour moi pour passer du temps avec eux de façon prolongée. Un article pour un journal ou une fiction n’autorisent pas ce temps long. Ce qui me passionne, c’est l’immersion. Passer du temps avec les personnes, dans leur cadre de vie. La caméra est pour moi le meilleur passeport du monde.
Un documentaire Max Keegan, noté 4 étoiles sur AlloCiné.