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Le passage


Amira travaille dans un grand hôpital à Chicago. Un message d'anniversaire fait vibrer son téléphone et le passé refait surface. Des années plus tôt, le soir de ses 40 ans, une bombe pulvérise son appartement à Alep. Amira n’a alors qu’un réflexe : saisir sa fille et fuir. Sur le chemin de l'exil, elle découvre que l'espoir a parfois le visage d'un inconnu, la force d'un geste simple et le pouvoir immense de changer une vie. Jusqu'où iriez-vous pour sauver ceux que vous aimez ?

 

Le Passage s’ouvre sur une citation de Shakespeare qui prend la défense des réfugiés. Pouvez-vous expliquer le choix de cette citation ?

Cette citation de Shakespeare est en fait le seul texte manuscrit de sa main qui nous soit parvenu. Elle est conservée au British Museum. À l’époque, plusieurs auteurs s’étaient réunis pour écrire cette pièce autour de Sir Thomas More, et ce que je trouve frappant, c’est que cela montre que nous faisons face aujourd’hui aux mêmes enjeux qu’il y a 400 ou 500 ans. C’est un cycle qui ne s’est jamais interrompu. Pour moi, le film est aussi assez shakespearien dans la manière dont il se déploie.

Le film adopte une approche kaléidoscopique des crises humanitaires, presque comme un effet papillon. Pourquoi avoir choisi cette structure narrative pour raconter cette histoire – ou plutôt, ces histoires ?

C’est une très belle façon de le dire — un effet papillon. Cette idée qu’une action, même minime et située très loin, peut avoir des conséquences immenses ailleurs dans le monde, et que ces répercussions peuvent s’amplifier… c’est un principe auquel je crois profondément. Je le constate partout dans ma vie. Si vous faites preuve de gentillesse envers quelqu’un à un endroit du monde, il se peut que, des mois ou des années plus tard, vous rencontriez quelqu’un d’autre ailleurs, qui connaît cette personne et qui évoque ce geste que vous avez eu.

Ces fils invisibles qui nous relient sont extrêmement puissants, mais aussi très fragiles. En construisant ce film et sa structure, cela m’a semblé évident, car je ressens cela très profondément. Je crois qu’il y a bien plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous séparent.

Ce qui m’a frappé dans ce film, c’est que certaines séquences surpassent la plupart des thrillers en termes de suspense. Avez-vous eu du mal à élargir la portée du sujet sans en altérer l’authenticité, en vous intéressant à ces différents personnages mais aussi en recourant, par exemple, au langage cinématographique propre au genre du thriller ?

J’ai des enfants et je vois les médias qu’ils consomment. Il s’agit principalement de YouTube et des réseaux sociaux. J’ai estimé que pour un sujet comme celui ci, que je souhaite vraiment voir toucher un large public, je devais m’adapter à la façon dont notre attention est captée aujourd’hui. Je vois le film comme un drame avec des éléments de thriller qui vous tiennent en haleine. Je veux que ce film permette à un large public de s’approprier les émotions qui s’en dégagent et de les transposer dans leur propre vie.

Quand j’étais enfant, le cinéma m’a profondément touché et a changé ma vie; il m’a appris des choses, non pas parce que je pense que c’était là l’intention du cinéaste, mais parce qu’il m’a offert un espace de réflexion. C’est ce que j’ai cherché à faire avec ce film. Je ne vous dis pas quoi ressentir ni quoi faire, mais je vous présente simplement cette expérience. Une expérience vraie et authentique de ce que traversent ces personnes. Et en tant qu’êtres humains, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Nous devons faire bouger les choses, et je veux que les gens voient ce film parce que je veux qu’ils puissent aider.

Un drame de Brandt Andersen. Noté 3,7 étoiles sur AlloCiné.

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