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Maigret et le mort amoureux


Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d’Orsay : Monsieur Bert Hier-Lagès, ancien ambassadeur, a été assassiné. En enquêtant, Maigret découvre qu’il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari vient de décéder. Entre les familles et le mutisme suspect de la domestique, Maigret navigue de surprise en surprise, dans un monde aristocratique conservateur du 7e arrondissement parisien, mêlant mystère et vitalité paradoxale.

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Votre nouveau film est une adaptation du livre Maigret et les vieillards, écrit par Simenon en 1960. Le titre que vous avez choisi contient un paradoxe mêlant la mort à la vie.

« Simenon a écrit ce texte en sortant d’une crise personnelle, au milieu de sa vie. Il a mentionné cette crise dans des carnets. Il semble que l’écriture du livre l’a aidé à exorciser cette question de l’âge, question qui se pose à moi aussi par la force des choses. Les personnages de cette histoire sont âgés, et cependant pleins d’énergie. Le thème est aussi celui d’une vitalité paradoxale. »

Vous avez choisi de situer l’action au début des années 2000. Pourquoi ?

« L’action se déroule dans un milieu très conservateur, pour ne pas dire très réac, en plein cœur du 7e arrondissement parisien. Des aristocrates catholiques qui ignorent ou méprisent l’époque dans laquelle ils vivent. Maigret est un policier qui n’aime pas les figures d’autorité à l’ancienne, mais qui est aussi assez réfractaire à la modernité. Avec sa pipe, son alcoolisme discret, son épouse au foyer, il est un survivant face à la robotisation accélérée de notre monde. »

Qu’appréciez-vous dans la figure de Maigret ?

« Il est lié à une sorte de pérennité de l’enquête psychologique, personnelle, à l’institution qu’était le Quai des Orfèvres et qui, depuis peu, n’existe plus. Les enquêtes, aujourd’hui, sont sous la domination de la police technique et scientifique. Maigret incarne donc la fin d’un monde. J’ai choisi de situer l’histoire au début de notre siècle, avant l’arrivée des smartphones et le déferlement d’Internet, et non aujourd’hui, car en 2026, Maigret n’existerait tout simplement plus. »

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On se souvient de vous en journaliste-détective dans le rôle de Rouletabille, en inspecteur dans Mortel transfert, mais en commissaire légendaire, c’est la première fois ! Comment avez-vous accueilli la proposition de Pascal Bonitzer ?

« Je l’ai accueillie dans un mélange de joie et d’incrédulité. Joie parce que Pascal me le proposait et incrédulité car je n’aurais jamais pensé à moi pour un tel rôle. J’avais dans la tête un acteur impassible et massif, dans la lignée de Gabin, de Bruno Crémer, de Depardieu, qui l’ont joué et inscrit dans la mémoire collective. Maigret est davantage une silhouette, une ombre, un contour… »

Vous semblez vous être emparé des attributs de Maigret (la pipe, l’imperméable, le chapeau) avec gourmandise. Était-ce votre porte d’entrée pour accéder à l’intériorité du personnage ?

« N’ayant pas la stature “massive”, j’aimais l’idée d’avoir ces attributs, qui font aussi la silhouette, le contour de Maigret. On met le chapeau, on endosse le manteau, on prend la pipe, c’est Maigret. Tout du moins, il semble toujours en dire moins qu’il n’en pense et ne s’explique jamais, n’étale pas sa science, rêve beaucoup en réfléchissant - ou l’inverse, laisse toute la place à celui ou celle qu’il écoute… »

Face à cette enquête où nul ne semble coupable, Maigret se retrouve dans une impasse. Comment avez-vous joué avec le doute qui le traverse ?

« Le doute me semble en effet l’attitude majeure et même méthodique dans laquelle s’installe Maigret, sans pour autant s’agiter ou afficher une angoisse prononcée. On regarde la fumée s’échapper de sa pipe, comme une pensée en constante formation et déformation. Les fausses pistes sont aussi intéressantes que les vraies. Le doute fait tenir droit, et permet lentement l’accès à la vérité, grâce aux blancs qu’on laisse, au flou. La vérité est blanche. J’ai adoré ça. »

Film Policier, Drame. Noté 3,9/5 sur Allociné.

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