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Aucun autre choix


Cadre dans une usine de papier, You Man-su est un homme heureux. Il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule. Il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents...

Entretien avec le réalisateur Park Chan-wook 

Vous avez mis plus de vingt ans pour adapter ce roman à l’écran. Qu’y avait-il dans cette histoire et ses thèmes qui vous a captivé pendant toutes ces années ?

Quand j’ai lu le livre il y a une vingtaine d’années, j’ai tout de suite su que je voulais l’adapter au cinéma. C’est une histoire qui traite à la fois du monde intérieur brûlant d’un individu et des grandes problématiques sociétales qui l’entourent. L’adapter me permettait d’explorer ces deux dimensions de façon totalement fluide, et c’est exactement le type de sujet cinématographique que recherchent les réalisateurs.

J’ai aussi immédiatement eu des idées sur des choses que j’avais envie de modifier ou d’ajouter durant le processus d’adaptation. La tragédie du livre me fascinait, mais j’y voyais aussi un potentiel de comédie noire, ce qui pouvait donner un film à la fois dramatique et jubilatoire. J’ai aussi eu l’idée d’ajouter une couche supplémentaire : que la femme et le fils du protagoniste finissent par comprendre les choses terribles qu’il a faites.

Souvent, quand quelqu’un se dit : « Je le fais pour ma famille », c’est précisément cette chose-là, ou la poursuite de celle-ci, qui finit par détruire ou abîmer sa famille. Quel paradoxe tragique. Dès que cette idée m’est venue, je n’ai plus jamais voulu lâcher le projet.

Quand vous dites que la famille de Man-su finit par être détruite, est-ce parce qu’ils sont tous moralement compromis à la fin ? Ou parce que Man-su leur a transmis son traumatisme générationnel ? On pourrait aussi penser en sortant du film, que Man-su a finalement obtenu tout ce qu’il voulait.

Cette incertitude est précisément ce que je recherchais, car c’est cette question qui m’a intrigué. Lorsque le public quitte la salle, comment interprétera-t-il l’avenir de cette famille ? Par exemple, l’un des plus grands moteurs de Man-su tout au long de l’histoire est d’éviter d’être forcé de vendre la maison familiale. Vers la fin, Mi-ri, sa femme, finit par dire : « Nous n’allons pas vendre la maison. » Mais elle ajoute : « Nous ne pouvons pas ! Nous venons de planter ce pommier ! »

Il y a deux façons d’interpréter cela. Elle pourrait vouloir dire : « Nous avons construit et nourri cette maison ensemble. Nous avons fait tant de choses ensemble, nous ne pouvons pas laisser tomber. » Ou alors, elle laisse entendre qu’elle sait qu’un cadavre est enterré sous ce pommier. Dans ce cas, elle veut dire : « Si nous vendons la maison, les nouveaux propriétaires pourraient déterrer un corps par accident. Nous ne pouvons jamais laisser cela arriver, donc nous ne pourrons jamais partir. Je sais ce que tu as fait, et nous ne reviendrons jamais à la vie d’avant. »

Depuis « Joint Security Area », vos films ont toujours eu une résonance sociale, mais vous n’aviez jamais abordé les préoccupations contemporaines de façon aussi directe. Pensez-vous que nous ayons encore un autre choix ?

(Gros soupir) Eh bien, quand on regarde l’état du monde, il est effectivement difficile d’être optimiste. Mais je n’ai ni le courage, ni la carapace suffisante pour déclarer que tout est perdu. Avec la vitesse à laquelle la technologie évolue, sans oublier la menace du changement climatique, que nous ne traitons absolument pas, je pense que nous allons affronter des crises que l’humanité n’a encore jamais connues. J’ai peur, moi aussi. Mais il est encore trop tôt pour abandonner complètement.

Malgré nos tragédies et nos erreurs, je veux croire que l’humanité a encore la capacité de progresser.

Thriller de Park Chan-wook. 3,9 étoiles sur AlloCiné.

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