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À demain sur la Lune


À demain sur la Lune est un documentaire poignant et porteur de vie, à la résonance universelle, qui explore l’expérience de la fin de vie au sein de l’unité de soins palliatifs de l’hôpital de Calais, où un cheval nommé Peyo rend visite aux patients les plus fragiles pour les apaiser dans leurs derniers jours.

Le film suit notamment Amandine, une patiente qui découvre sa maladie et sait qu’il ne lui reste qu’un an à vivre. À travers son parcours, le documentaire interroge profondément : que fait-on de sa vie lorsque le temps qu’il nous reste est compté ? Et comment prépare-t-on sa famille à sa disparition ?

Entretien avec le réalisateur Thomas Balmès

Qu’est-ce qui permet à Peyo d’entrer en connexion avec les gens de cette manière ?

Eh bien, je pense que nous ne comprenons peut-être qu’un pour cent — voire moins — de ce qui se passe entre les humains et les animaux, et même entre les humains eux-mêmes…

Lorsque Peyo était présent dans le service, on pouvait observer que toute l’atmosphère changeait — non seulement avec les patients, mais dans l’ensemble de l’unité : avec les infirmières, les médecins… L’énergie globale était totalement différente de celle des moments où il n’était pas là. C’était fascinant à observer.

Mais pour être plus précis sur ce qui se passe réellement, je pense que personne ne peut vraiment le dire. Hassen Bouchakour, le propriétaire de Peyo, pensait que cela pouvait être lié au fait que Peyo soit atteint d’une forme d’autisme, mais personne ne peut l’affirmer avec certitude.

À quel moment avez-vous compris qu’Amandine allait devenir un élément central de cette histoire ?

L’énergie et la personnalité d’Amandine étaient absolument extraordinaires. Lorsqu’elle a appris qu’elle allait mourir, elle a décidé qu’elle voulait laisser une trace de son combat contre la maladie pour ses deux enfants. Le fait que je sois présent, en train de réaliser un documentaire dans cette unité, représentait pour elle une formidable opportunité : elle pouvait, d’une certaine manière, se servir de moi pour laisser ces images d’elle et de son combat contre le cancer. Une véritable connexion s’est créée entre nous, quelque chose de très fort, et je pense que cela se ressent dans le film.

La réalisation de ce film a-t-elle changé votre propre regard sur la vie et la mort ?

À 55 ans, je n’avais pris conscience que depuis quelques années — sans doute depuis la mort de mon père — que la vie pouvait s’arrêter. Ce film m’a rendu plus conscient de la mort et a bousculé ma relation à la vie : que faire de sa vie, que l’on ait encore vingt, trente, quarante ans, ou seulement un an devant soi ? L’expérience de ce film invite à s’interroger sur ce que l’on fait de son temps.

Entretien avec Hassen Bouchakour ( propriétaire et dresseur du cheval)

Comment en êtes-vous venu à travailler avec les chevaux ?

Les animaux sont une passion depuis mon enfance. J’ai toujours été entouré d’animaux, que ce soit un lapin, des petites cailles… et je ramassais les animaux errants pour les soigner.

À l’âge de neuf ans, j’ai appris dans une ferme et j’ai développé le goût de la performance, de la compétition, et ce que j’aimais par-dessus tout, c’était faire danser les chevaux. J’ai aussi appris la souplesse, l’acrobatie, les arts martiaux… et j’ai trouvé un style très particulier, unique.

Comment avez-vous découvert que Peyo avait des capacités particulières avec les personnes malades ?

Lors des galas, j’ai remarqué qu’à chaque fois qu’il montrait un intérêt pour quelqu’un, c’était toujours pour des personnes fragiles. Quand on est sur scène, les premiers spectateurs sont souvent les plus vulnérables. Peyo se précipitait vers eux, restait près d’eux, et devenait très doux, bienveillant.

Après de nombreux spectacles et promenades, nous avons compris que Peyo détectait les personnes qui allaient mourir dans les semaines suivantes. Huit ans plus tard, près de 3 000 patients ont été détectés et accompagnés par Peyo.

Entretien avec le Docteur Leclerc, médecin en soins palliatifs

Que représente la rencontre avec Peyo et le documentaire pour Amandine ?

Amandine avait une grande sensibilité envers Peyo. Dès qu’on lui a expliqué qu’un film documentaire allait être tourné, elle s’est montrée enthousiaste. Elle voyait ce projet comme une forme de consolation dans sa souffrance et un soin spirituel.

Participer au documentaire faisait partie de la mission qu’elle s’était donnée : laisser une trace pour ses enfants et transmettre un témoignage de vie avec authenticité. Elle était naturelle, sincère, et vivante tout au long du film, montrant sa tristesse, sa joie et son amour pour ses enfants, qui demeurerait éternel à ses yeux.

Un reportage de Jean Dupont, noté 4 étoiles sur AlloCiné

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