Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et qu’il n’est « pas encore » un adulte, nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux. Une comédie sur cette période de l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était pas “Juste une illusion…”

Éric Toledano : Notre envie de départ était de raconter la sortie de l’enfance, cette période de métamorphose par laquelle chacun d’entre nous est passé un jour, cet entre-deux. Ce changement de perception du monde est un bouleversement et nous voulions en faire à la fois un récit réaliste et une comédie. Et en explorant toutes ces strates de notre adolescence, nous nous sommes rendu compte que l’empreinte émotionnelle de ces années était encore très présente en nous aujourd’hui, et l’envie de mélanger les deux a donné naissance à ce projet.
Olivier Nakache : Cette période de l’adolescence ressort étrangement quand on passe la cinquantaine. Peut-être parce qu’on se rend compte qu’elle cristallise les moments les plus marquants de notre existence, une période où l’on vit complètement et pleinement dans le présent, et peut-être aussi parce qu’aujourd’hui on a des ados et qu’à travers eux, on refait le chemin de l’existence ! Une chose est sûre, c’est qu’on a longuement réfléchi aux raisons qui nous ont poussés à parler de ce sujet. On est partis de réflexions à la fois culturelles, philosophiques et très intimes. Et puis d’images, de photos de famille.
Éric Toledano : Et si on a décidé d’aborder cette période c’est qu’on était d’accord avec Olivier pour se livrer davantage dans ce film que dans les autres.
Olivier Nakache : La démarche est la même que lorsque nous avons fait Nos jours heureux. Le démarrage passe par le récit, on se raconte. Puis nous notons ce jet d’anecdotes communes. Et déjà en racontant on scénarise, la réalité se mue en fiction. Et si ce qu’on couche sur papier tient, passe le temps, alors on avance on se concentre et on continue.
Éric Toledano : Ce qu’on espère, c’est que chacun puisse attraper quelque chose qui lui est propre, dans son moment à lui, dans son vécu, dans son intimité. Est-ce la chanson de Téléphone ? Celle de Imagination, de The Cure ? Est-ce une discussion entre le grand frère et sa mère ? Ou juste un détail, un objet dans le décor ? Un son à la radio, une couleur ou la teinte d’un papier peint ? Les souvenirs de jeunesse ont tendance à rester plus profondément gravés dans la mémoire que ceux de presque toutes les autres périodes de la vie. On peut bouger dans l’espace mais malheureusement pas dans le temps qui est irréversible, mais il existe parfois des détails qui ont comme un parfum d’éternité, Juste une illusion est aussi un film de sensation. Au moment où on se parle, on a encore peu montré le film, mais plusieurs personnes sont venues nous témoigner de leur émotion, d’un moment particulier où le film les a saisis.
Olivier Nakache : Grâce à des souvenirs intimes bien sûr. Les parents dans le film, joués par Camille Cottin et Louis Garrel, sont inspirés de nos parents avec Éric, mais pas seulement. Nous avons tellement été nourris par certains films, comme les comédies italiennes par exemple, où déjà on avait l’impression de reconnaître nos proches dans cet esprit méditerranéen. Pour nous, Louis Garrel est un mélange de Vittorio Gassman et de Marcello Mastroianni, il a cette classe-là. Et d’ailleurs, il parle italien couramment.
Éric Toledano : Camille, on peut aisément la comparer à Stefania Sandrelli ou Monica Vitti, et puis c’est aussi à travers cette famille que l’on raconte les années 80, elles aussi coincées entre les Trente Glorieuses et le début des années 90, la chute du mur et la guerre du Golfe. Et c’est au sein de cette famille que l’on évoque le père au chômage, la mère et son ascension professionnelle qui reflète le réveil du féminisme qui a eu cours à l’époque. Camille Cottin est très emblématique de ce point de vue. Les deux enfants eux, s’incarnent entre les courants New Wave et Funk au milieu des « années sida ». Vincent, le héros de ce film, traverse cette époque avec le regard d’un enfant qui sent bien que ses derniers jours d’innocence sont comptés. Avec son frère, ça peut être violent, ils peuvent se battre… puis redevenir complices trois minutes plus tard, comme si de rien n’était — une relation propre à la fratrie et propre à cet âge où tout est intense, mais jamais bien grave.
Comédie dramatique d'Olivier Nakache, Eric Toledano. Notée 4,2 sur AlloCiné.