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Compostelle


Fred et Adam, un adolescent en rupture, ne se connaissent pas. Pourtant, grâce à une association, ils entreprennent ensemble le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle cherche à apaiser son passé, il tente de canaliser sa colère et son sentiment d’abandon. Au fil des kilomètres, entre affrontements et instants suspendus, un lien fragile se tisse. Face aux épreuves du chemin, chacun découvre en lui une force insoupçonnée. Inspiré d’une histoire vraie.

Entretien avec le réalisateur Yann Samuell

Le jeune héros de votre film est-il librement inspiré du Adam dont Bernard Ollivier dresse le portrait dans son livre Marche et invente ta vie ?

Pas vraiment en fait. Le personnage que j’ai créé est totalement fictif. Je n’ai pas rencontré le Adam du livre mais je me suis inspiré de pleins d’anecdotes recueillies auprès d’autres jeunes que j’ai vus, écoutés, et c’est seulement après que je me suis posé la question du prénom. Même si je ne suis pas croyant, il y a un fond un peu mystique derrière cette histoire. Et sa maman, celle dont il tente désespérément d’attirer l’attention mais qui l’a abandonné, s’appelant Marie j’ai choisi de le prénommer Adam. D’autant que Adam vient de « adamah » qui signifie la terre d’argile qu’on peut transformer. Ce qui correspond parfaitement au personnage.

Connaissiez-vous l’association de réinsertion par la marche, Seuil, créée par Bernard Ollivier, comment l’avez-vous découverte ?

Quand les producteurs Dalil Merad et Marc de Dommartin m’ont contacté, ils avaient envie de faire un film sur l’adolescence. Pendant deux ans, nous avons épluché de nombreux faits divers, lu énormément de choses sur la jeunesse en difficulté. Mais je n’avais pas envie de réaliser un film à charge sur ces adolescents en péril. Et puis nous sommes tombés sur le livre de Bernard. Je l’ai lu, j’ai beaucoup pleuré. Et je me suis dit qu’il y avait un film à tirer de ces expériences créées grâce à son association. Nous avons passé un week-end avec lui et le scénario s’est bâti autour de ce que nous nous sommes dits durant ces deux jours. Il y avait une matière formidable, riche, étoffée.

L’intégration de jeunes, en rupture, par une marche de 25 km par jour durant plusieurs semaines voire quelques mois avec un accompagnateur, en quoi est-ce que cela vous a intéressé ?

On me taxe souvent de faire des films sur les enfants et la jeunesse or cela n’a jamais été mon sujet qui est depuis toujours la transmission, le véritable objet de la plupart des longs-métrages que j’ai réalisés. Chaque génération à en charge la suivante et même la précédente. Ce qui m’a intéressé également dans cette histoire, c’est que les deux personnages, le jeune et l’adulte, partaient avec les mêmes handicaps sauf que ceux de Fred sont socialement mieux acceptés. Enfin, il y a le fait que quand on part pour une marche aussi longue on ne prend matériellement que l’essentiel et que l’on se dépouille aussi intellectuellement du superflu pour se retrouver face à soi-même.

Dans le film, Adam est donc accompagné par une femme, Fred, sur ce chemin de Compostelle. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Peut-être tout simplement parce que j’aime écrire pour les femmes, pour les actrices. J’ai fait confiance à mon instinct. Deux personnages masculins cela pouvait très vite virer au combat de coqs. Un homme accompagnant une jeune fille, je trouvais cela un peu condescendant. Dans la configuration que j’ai choisie, il me semble qu’il y a un rapport à la mère très intéressant.

Comédie dramatique de Yann Samuell. 4,1 étoiles sur AlloCiné.

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