
Ren livre des orchidées dans le quartier de Shibuya à Tokyo. Son père Hajime passe sa vie à dessiner des foyers pour les autres, jamais pour eux. Un jour, par hasard, une livraison les remet face à face.
L’idée initiale était de raconter l’histoire d’une famille qui se reconstitue, à l’image de la ville de Tokyo et de ses transformations. Les premières images qui me sont venues à l’esprit étaient celles d’une aire de repos d’autoroute et d’un gîte, en été. J’avais l’intuition que le film devait commencer dans un lieu reculé, à l’écart de la ville. Le film a énormément évolué au cours du développement, cela serait trop long à détailler. Mais ce que je peux dire, c’est que grâce au soutien et à la bienveillance de mon incroyable équipe, j’ai pu accueillir tous ces changements comme quelque chose de positif.
Le métier de paysagiste-concepteur consiste à façonner les espaces publics : les parcs, les installations commerciales, des espaces fréquentés au quotidien par un grand nombre de personnes. En ce sens, il s’agit d’une profession avec un sens aigu de la responsabilité civile. Cela m’intéressait que cet homme, qui s’engage dans un travail public, visible de tous, doive gérer ces problèmes non résolus à la maison. Je voulais explorer cela : quelqu’un qui ne parvient pas à être un « bon père de famille », bien qu’il soit au service du bien public, et que cela résonne comme une image universelle de la figure paternelle dans la société japonaise.
La caméra saisit parfois des éléments de « nature » tels que le ciel ou les arbres. Pour moi, c’est une représentation du sacré. Tokyo n’a pratiquement plus d’espaces naturels, mais ces aperçus de ciel ou d’arbres sont comme les témoins de l’évolution de la ville, qui existe depuis bien plus longtemps que les personnages. Peut-être sont-ils surveillés quotidiennement par cette nature persistante.
Je suis né et j’ai grandi à Tokyo, mais pour être honnête, j’ai du mal à articuler ce qui rend cette ville gigantesque attrayante. Bien que Tokyo symbolise le pouvoir central au Japon, en vérité, elle a quelque chose de creux, dépourvu de volonté. Dans une telle ville, je voulais dépeindre des personnages émotionnellement vides – des archétypes du Tokyo contemporain, qui errent dans cette vaste métropole.
Les ampoules représentent symboliquement un « au-delà », une réalité qui dépasse nos interférences. Il s’agit d’un simple dispositif cinématographique, mais lorsque l’ampoule se brise, elle peut brièvement ouvrir un portail vers cet autre monde.
Je crois que le cadrage et les mouvements des acteurs ont eu un impact puissant. Les personnages n’occupent souvent qu’une petite partie du cadre dans le plan – le reste est constitué de paysages urbains, d’architecture ou de nature. En donnant consciemment aux environnements et aux éléments de décors le même poids que les humains, une certaine perspective sacrée et « objective » a émergé.
J’ai aussi choisi d’assumer pleinement les « actions non motivées » de mes personnages – les mouvements sans but narratif créent un sentiment de dérive qui représente de façon poétique « la présence humaine dans l’espace urbain ». C’est un reflet de la réalité : dans notre vie quotidienne, nombre de nos actions manquent d’une intention claire.
J’ai été fortement inspiré par Force Majeure de Ruben Östlund. Ce film reste l’un de mes préférés, pour l’équilibre fragile entre les personnages que je trouve palpitant. Maintenant que j’y pense, cette notion d’« équilibre » est cruciale dans mon travail. Les gens ne disent pas toujours ce qu’ils pensent. Ils hésitent à parler ou parlent contre leur gré. Cette tension est au cœur de ma façon d’écrire des dialogues.
J’évite de verrouiller les choses trop tôt avec les acteurs. Au tournage, les dialogues peuvent toujours être réécrits, déplacés, voire supprimés si quelque chose ne fonctionne pas. J’ai abandonné certaines répliques qui me semblaient difficiles à prononcer. En fin de compte, c’est l’acteur qui donne vie au personnage et qui habite le rôle. Je me suis toujours attaché à faire ressortir les subtilités, les détails qui donnent de la profondeur.
Un drame de Yuiga Danzuka. Noté 4 étoiles sur AlloCiné.