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Steve Jobs & Pixar : le gouffre financier devenu empire


 

En 1985, Steve Jobs est violemment évincé d'Apple, l'entreprise qu'il a fondée. Humilié et écarté du monde de la tech, il cherche un moyen de prouver sa valeur. Il investit alors sa fortune personnelle dans une petite division d'effets spéciaux en perdition. Ce qui devait être un simple projet technologique va se transformer en une traversée du désert de dix ans, frôlant la faillite totale, avant d'entrer dans la légende.

1. L'illusion du matériel

En 1986, Steve Jobs rachete pour 5 millions de dollars la division informatique de Lucasfilm à George Lucas, alors en plein divorce et en quête de liquidités. L'entreprise est rebaptisée Pixar.

À cette époque, l'ambition de Jobs n'a rien à voir avec le cinéma d'animation : il veut vendre un ordinateur de pointe, le Pixar Image Computer, vendu 125 000 $ et destiné à l'imagerie médicale ou aux effets spéciaux. L'équipe d'animation menée par John Lasseter n'est là que pour réaliser de petites démonstrations techniques afin de faire la promotion de ces machines.

Mais le produit est un échec commercial monumental. Les hôpitaux et les studios refusent d'acheter un équipement aussi cher. Mois après mois, les machines restent en stock et Pixar s'enfonce dans le rouge.

2. La traversée du désert

Entre 1986 et 1995, Pixar devient un gouffre financier sans fin. Pour payer les ingénieurs et éviter la faillite, Steve Jobs doit piocher chaque mois dans sa fortune personnelle issue de la revente de ses actions Apple.

Au total, il réinjecte plus de 50 millions de dollars de sa propre poche. À plusieurs reprises, menacé de ruine, il tente désespérément de revendre la société, mais aucun acheteur ne se présente pour reprendre une entreprise aussi déficitaire.

Au début des années 1990, Jobs tranche enfin : il stoppe net la vente d'ordinateurs et mise le tout pour le tout sur la création pure. Il signe un contrat historique avec Disney pour financer le tout premier long-métrage d'animation 100 % informatique : Toy Story.

3. Le braquage boursier

Pendant que les créatifs finalisent le film, Jobs prépare un coup de génie stratégique : il décide d'introduire Pixar en Bourse (IPO) une semaine seulement après la sortie du film en salles en novembre 1995. Le risque est maximal : si le film échoue au cinéma, l'entrée en Bourse s'effondre et Jobs est financièrement anéanti.

Le pari réussit au-delà de toutes les espérances. Toy Story génère 373 millions de dollars au box-office mondial et réalise la plus grande introduction en Bourse de l'année 1995. En une seule journée, l'investissement désespéré de Jobs est valorisé à plus d'un milliard de dollars.

C'est cette fortune retrouvée qui offrira à Jobs l'indépendance et l'aura nécessaires pour réussir son retour triomphal chez Apple en 1997. En 2006, Disney rachètera finalement Pixar pour 7,4 milliards de dollars, faisant de Steve Jobs le premier actionnaire individuel du géant du divertissement.

L'œil du dirigeant

- La conviction stratégique face à l'échec : il aura fallu près de dix ans de pertes pour que Pixar trouve son vrai modèle. Un grand leader sait différencier un projet mort d'une technologie en avance sur son temps.

- Savoir fermer les branches déficitaires (Stop Loss) : la réussite n'est pas venue du plan initial (vendre du matériel), mais de la capacité de Jobs à couper la branche informatique pour se focaliser sur l'actif clé : le talent créatif et la propriété intellectuelle.

- La maîtrise du timing financier : synchroniser l'entrée en Bourse avec l'apogée médiatique de Toy Story a permis de maximiser la valeur et de transformer dix ans de ruine en victoire légendaire.

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