
Imaginez un gendarme chargé de retrouver un criminel particulièrement dangereux. Chaque jour, il participe aux réunions, étudie les indices, organise les recherches et rassure la population.
Sauf que le criminel qu’il traque est… lui-même. Cette histoire, presque inimaginable, s’est réellement produite en France au début des années 1980.
Alain Lamare est affecté comme gendarme dans l’Oise. Discret, discipliné et parfaitement intégré, il ne correspond en rien à l’image du criminel recherché par les enquêteurs.
Pourtant, à partir de 1978, une série d’attaques armées, d’agressions et de tentatives de meurtre frappe la région. Les victimes sont souvent choisies au hasard, ce qui rend l’affaire particulièrement difficile à résoudre.
La pression monte rapidement. Les habitants vivent dans la peur, les patrouilles se multiplient et la gendarmerie mobilise d’importants moyens pour retrouver celui que la presse surnomme bientôt "le tueur de l’Oise".
Le plus troublant est qu’Alain Lamare participe lui-même aux opérations de recherche.
Pendant plusieurs années, Lamare assiste aux réunions d’enquête, consulte certains éléments du dossier et connaît les méthodes utilisées par ses collègues. Son statut de gendarme lui offre un avantage considérable : il comprend les procédures, anticipe les contrôles et sait comment éviter certains soupçons.
Les enquêteurs élaborent des profils psychologiques, mettent en place des barrages routiers et organisent des surveillances nocturnes. À chaque nouvelle attaque, le criminel semble toujours avoir une longueur d’avance.
Mais en 1983, plusieurs incohérences commencent à apparaître. Des témoignages, des vérifications d’horaires et certains comportements jugés inhabituels attirent progressivement l’attention sur Alain Lamare.
Le 6 avril 1983, après une nouvelle attaque, il est finalement identifié puis arrêté. Lors des interrogatoires, il reconnaît une partie des faits. L’affaire provoque un immense choc : le suspect recherché depuis des années appartenait lui-même à la gendarmerie.
L’histoire d’Alain Lamare a marqué durablement les chroniques judiciaires françaises, car elle met en lumière un scénario rare : un membre des forces de l’ordre utilisant sa connaissance du système pour échapper aux enquêteurs.
Son parcours a inspiré plusieurs documentaires et émissions consacrés aux grandes affaires criminelles françaises, et son nom revient régulièrement dans les récits sur les criminels ayant mené une double vie.
Déclaré atteint de troubles psychiatriques, Alain Lamare a été interné dans un établissement spécialisé plutôt que condamné à une peine classique de prison.
Plus de quarante ans après les faits, son histoire reste l’un des exemples les plus troublants d’un homme chargé de faire respecter la loi… tout en organisant secrètement ses propres crimes.