
En janvier 2011, la direction de Renault licencie brutalement trois de ses plus hauts cadres pour « espionnage industriel ». L'affaire fait la une des médias nationaux, sur fond de guerre économique avec la Chine. En réalité, le constructeur automobile est victime d'une mystérieuse escroquerie interne sur fond de paranoïa au sommet.
À la fin des années 2000, le groupe Renault-Nissan investit des milliards d'euros dans la technologie du véhicule électrique. Pour Carlos Ghosn, PDG du groupe, c'est le pari stratégique majeur de la décennie.
En août 2010, le service de sécurité de Renault reçoit des lettres anonymes affirmant que des informations confidentielles sur la batterie électrique sont vendues à des intérêts étrangers :
- Les accusations : trois hauts cadres respectés (dont le numéro deux du programme électrique) sont accusés d'avoir touché des pots-de-vin.
- Les comptes secrets : le service de sécurité affirme avoir identifié des comptes bancaires en Suisse et au Liechtenstein crédités de centaines de milliers d'euros.
- L'ennemi désigné : l'ombre de la Chine et du renseignement économique étranger plane immédiatement sur le dossier.
Persuadée de tenir un cas d'espionnage majeur, la direction du groupe réagit avec une violence inédite :
- Licenciements éclair : en janvier 2011, sans plainte préalable ni enquête judiciaire, les trois cadres sont mis à la porte pour faute lourde.
- Accusations publiques : le numéro deux du groupe, Patrick Pélata, déclare à la télévision que l'entreprise est victime d'une filière d'espionnage organisée.
- Pression politique : l'affaire devient une affaire d'état. Les services secrets français (DCRI) sont saisis par la justice pour enquêter sur cette menace stratégique.
L'enquête policière ne met que quelques semaines à faire voler en éclats la version officielle :
- Absence de comptes : la justice et les services de renseignement vérifient les comptes en Suisse et au Liechtenstein : ils n'existent tout simplement pas.
- La fausse source : l'agent de sécurité interne de Renault, responsable de l'enquête, est arrêté à l'aéroport alors qu'il tente de fuir vers le Sri Lanka.
- Le mobile : il s'agissait d'une pure escroquerie. L'agent avait inventé les fausses preuves de toutes pièces pour soutirer des dizaines de milliers d'euros à la direction de Renault au titre de « frais d'information pour sa source ».
L'affaire Renault reste un cas d'école désastreux en matière de gestion des risques et de gouvernance d'entreprise. Pour protéger un secret industriel, la direction s'est affolée, contournant ses propres règles d'audit et de vérification interne.
L'épisode s'achèvera par le réengagement et l'indemnisation à hauteur de plusieurs millions d'euros des cadres calomniés, la démission de Patrick Pélata et un traumatisme durable pour l'image du groupe.
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