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Sur la route d'Omaha


Ella et son frère Charlie sont réveillés en pleine nuit par leur père. Sans explication, il les embarque pour un long voyage sur les routes du Midwest. Alors que les deux jeunes enfants découvrent un monde qu’ils n’ont jamais vu, leur père demeure mutique et soucieux. Ella commence alors à entrevoir la vérité derrière ce voyage improvisé.

Entretien avec le réalisateur, Cole Webley

Sur la route d’Omaha est votre premier film. Pourquoi vous êtes-vous emparé de cette histoire, et comment envisagiez-vous cette première réalisation ?

La réponse a évolué à mesure que j’ai pris de l’âge. Je suis devenu père à 23 ans, et j’avais 40 ans quand j’ai fait Sur la route d’Omaha. Mon expérience avec la paternité – voir les enfants grandir, les changements que ça provoque dans la vie –, être américain, observer ce qui m’entoure, notamment tout ce qui s’est passé en 2008 [avec la crise des subprimes], démarrer ma carrière en 2009 dans une industrie fragilisée...

Tout ça a joué : j’ai eu le temps de comprendre à quel point nos traumatismes, nos peines, nos soucis, sont différents quand on est adultes et parents. Je souhaitais donc que mon premier film évoque ce qui m’intéresse le plus profondément – la famille, la parentalité, l’empathie...

On dit souvent qu’il y a les films qu’on aime et ceux que l’on doit faire. Quand j’étais plus jeune, j’adorais les thrillers par exemple. J’ai été surpris que l’histoire d’Sur la route d’Omaha m’attire autant car elle était sans doute plus simple, plus humaine que ce que je projetais. Je n’ai jamais eu l’intention de faire un film avec des enfants – et encore moins pour mon premier film. Je suis très heureux que ce script me soit arrivé un peu plus tard dans ma vie car au final, il était taillé à ma sensibilité de cinéaste et de parent – je suis aujourd’hui un peu plus tendre, moins cynique, que lorsque j’étais plus jeune.

Je comprends aujourd’hui que faire un film dont les personnages sont de vrais humains, ça n’a pas de prix et ça me suffit. Sur la route d’Omaha évoque certains problèmes et pas les solutions. Il est simplement une dramatisation de ce qu’a pu vivre une vraie famille. Et c’est ça qui m’a tant captivé à la lecture du script.

La structure du film paraît assez simple. Toutefois, le mystère s’épaissit jusqu’à la révélation finale. Derrière la simplicité se cache une grande sophistication...

La première fois que j’ai lu le scénario, au bout de 40 ou 50 pages, je me suis demandé : « Pourquoi il fait ça ? Où vont-ils ? Qu’est-ce qui se passe avec ce type ? Est-ce qu’il est toxicomane ? ». Puis j’ai lu le texte qui sert de carton final et j’ai trouvé ça d’une efficacité redoutable : je ressentais une très grande frustration car je voulais savoir pourquoi. Le film parle d’une vérité extrêmement frustrante : ces adultes n’étaient pas des drogués, ils ont abandonné leurs enfants pour des tas de raisons différentes. Je trouvais intéressant d’explorer ce que traverse une famille et la triste vérité derrière.

Le script a toujours été court, il va à l’essentiel et à l’efficace : ils montent dans leur voiture, ils vont au Nebraska et ils vivent ce moment. Fin. J’aime que le film soit simple et donc par moments frustrant. On a envie d’en savoir plus mais on nous en nie le droit. Personnellement, cette frustration m’a mené à m’intéresser encore plus à la réalité de cette histoire et aux raisons qui ont poussé des parents à faire ça. Encore une fois, je n’ai pas fait Sur la route d’Omaha pour répondre à des questions. Je ne suis pas là pour juger la loi ou blâmer l’Amérique – il y a de très bons films qui le font et je n’ai rien à y redire. Je l’ai fait pour dire au spectateur : « Vous avez peut-être entendu parler de cette statistique. Laissez-moi vous montrer l’humain derrière le chiffre. »

Même si vous ne vouliez pas expliquer les raisons de son geste, est-ce que ça a été difficile pour vous de ne pas juger ce père ?

Tous les jours, des gens bien agissent mal. Et c’est en partie pour cette raison qu’il se termine ainsi car on y prépare la possibilité que ce père retrouve un jour ses enfants. On ne sait pas si ce sera le cas, s’il en sera capable, mais dans cette scène, il dit : « Je crois que j’ai besoin d’aide ». La phrase est cruciale car le film devenait aussi une exploration de la psyché masculine américaine et de la capacité des hommes à demander de l’aide. Ça a changé avec ma génération mais pour celle de mes parents, les hommes ne devaient pas et ne pouvaient pas demander de l’aide.

En emmenant ce personnage dans cette direction, je l’ai beaucoup moins jugé et j’ai su que je pouvais être à ses côtés. Mais je comprends aussi qu’on pense l’inverse... Lors de questions/réponses avec le public, des spectateurs se montraient incapables d’avoir de l’empathie pour le père. Ils n’aimaient pas que je puisse faire de la dramaturgie avec les problèmes que traverse l’Amérique sans pointer du doigt les responsables – il aurait fallu que j’accuse les milliardaires, la législation ou les politiciens. Je comprends que ce soit dur de ne pas juger ce père. C’est aussi pour ça que mon choix pour l’acteur qui l’incarnerait était crucial.

Un Drame de Cole Webley, noté 4,2 étoiles sur AlloCiné.

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