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Pompei, Sotto le Nuvole


Pompéi, Naples, le Vésuve. Des vies sous la menace du volcan : archéologues, pompiers, éducateurs, marins, photographes... La terre tremble et le passé infuse dans le présent de tous. En donnant voix aux habitants, le film compose un portrait inédit de la ville, comme une machine à voyager dans le temps.

Note du réalisateur Gianfranco Rosi

Pendant trois ans, j’ai vécu et filmé sur la ligne d’horizon du Vésuve, à la recherche de traces d’histoire, de l’excavation du temps, des vestiges de la vie quotidienne. J’ai capté les récits que j’entendais dans les voix de ceux qui les racontaient, j’ai observé les nuages et la fumée s’élevant des Champs Phlégréens.

Lorsque je filme, j’accueille l’imprévu : une rencontre, un lieu, la vie d’une situation. Le défi consiste à rester fidèle à ce sentiment d’émerveillement tout en demeurant dans le cadre de la caméra, au moment où les histoires prennent vie. Le temps du film est celui de ces rencontres. J’ai filmé en noir et blanc, et j’ai vu en noir et blanc. Entre la mer, le ciel et le Vésuve, j’ai peu à peu découvert une nouvelle archive du vrai et du possible.

Entretien avec Gianfranco Rosi

Pourquoi avoir choisi Naples comme protagoniste du film ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’idée de réaliser un film sur cette ville ?

Naples, les Champs Phlégréens et le Vésuve forment un immense bassin d’histoires. Ce sont des lieux qui oscillent en permanence entre surface et profondeur : ruines, espaces souterrains, nuages, fumerolles, tremblements de terre. Mais ils sont tout autant façonnés par les regards qui circulent entre ses habitants : archéologues, pompiers, enseignants, enfants, marins.

Dans ce territoire, il existe des zones de passage entre ce qui est et ce qui pourrait être. Il y a ceux qui enquêtent, comme le procureur ; ceux qui préservent des fragments de mémoire, comme Maria, la conservatrice du musée ; et de nombreux visages anonymes qui, ensemble, dessinent une carte affective et morale.

Pompei, Sotto le nuvole traverse un monde qui préfère se cacher plutôt que de se montrer. Il révèle des personnages suspendus entre passé et présent, entre lumière et ombre.

Pouvez-vous nous parler de votre processus artistique ? Comment rencontrez-vous ces histoires et ces personnages ? Et comment prenez-vous vos images ?

La réalisation de mes films est toujours un processus long, au cours duquel naissent des liens indispensables. Je cherche activement des histoires et des personnes, mais en même temps je me laisse guider par ce que je découvre.

La caméra devient un outil de rencontre, et la confiance réciproque grandit avec le temps que nous passons ensemble. Ce n’est qu’alors que vient le moment de filmer, lorsque la relation est devenue vivante et authentique.

Comment est née votre collaboration avec Daniel Blumberg (Oscar 2025 de la Meilleure Musique Originale pour The Brutalist) ? Qu’a-t-il apporté à la texture du film ?

Je connais Daniel depuis plus de quatorze ans et j’aime profondément sa musique expérimentale. Quand j’ai pensé à la scène finale, je n’ai pu me départir de l’idée que c’est sa musique qu’il me fallait. Je n’avais pas besoin d’une bande-son, j’avais besoin d’imaginer un paysage sonore capable de créer un espace suspendu à certains moments du film.

Un tissu de traces, de sons, de musique, où les instruments eux-mêmes deviennent méconnaissables tout en dessinant un paysage sonore.

Documentaire. 3,5 étoiles AlloCiné.

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