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La Bonne étoile


France 1940, Jean Chevalin et sa famille vivent dans la misère après que ce dernier ait jugé bon de … déserter ! La situation n’est plus tenable. Convaincu que « certains » s’en sortent mieux, Chevalin a une brillante idée : se faire passer pour juifs afi n de bénéfi cier de l’aide des passeurs pour accéder à la zone libre. De malentendus en révélations, il va entraîner sa famille dans ce grand périple qui déconstruira ses préjugés un à un…

Entretien avec le réalisateur Pascal Eblé : 

Comment est née l’idée de ce personnage de déserteur, lâche et bourré de préjugés antisémites, qui devient un « mensch » pendant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de France ?

Je voulais aborder un sujet grave avec une approche décalée, sans être moralisateur. Un jour, j’ai entendu une conversation dans un café où l’on évoquait une famille juive avec des propos teintés de stéréotypes. Cela m’a interpellé. J’ai eu envie de prendre ces idées reçues au pied de la lettre et de les déconstruire à travers une comédie.

Peu de temps après, je suis tombé sur un livre qui m’a conforté dans mon idée : Le nazi et le barbier d’Edgar Hilsenrath, auteur juif allemand exilé aux États-Unis après la guerre, dont l’écriture me fait penser à du Tom Waits sous acide ! Son roman raconte l’histoire d’un type qui devient nazi par opportunisme au moment de l’accession au pouvoir d’Hitler, puis qui, à la fin de la guerre — par opportunisme toujours — usurpe l’identité d’un ami juif assassiné dans les camps et devient militant sioniste acharné. Cette découverte m’a donné confiance et je me suis lancé.

Dès le départ, au moment de la contre-offensive française de 1940, Chevalin se montre lâche, prêt à fuir et à profiter des circonstances…

Je voulais qu’il ait une marge de progression ! Pour autant, je n’ai pas voulu mettre le curseur trop haut : il répercute des idées et des clichés qu’il a entendus, mais sans réelle malveillance ; ses réflexions relèvent davantage de la bêtise, et donc de l’ignorance. Au fond, je voulais que le personnage soit un peu lâche, un peu pleutre, tout en faisant ce qu’il peut, mais il n’est pas une pourriture absolue.

Entretien avec Benoît Poelvoorde

Au départ, Chevalin est un type défini par sa lâcheté, son opportunisme et son ignorance ?

Chevalin est quasiment un héros malgré lui, et à son niveau, la lâcheté est presque une forme de courage ! (rires) Je le vois davantage comme un lâche que comme un opportuniste. Mais c’est un trait de caractère qui m’a poussé à accepter le projet, car il l’entraîne dans des aventures insensées. Chevalin est également profondément ignorant, puisqu’il ne se doute même pas qu’il puisse y avoir des personnes antisémites.

C’est seulement en entendant dire, dans un café, que « les juifs ont de l’argent » et qu’ils « s’en sortent toujours » qu’il a l’idée de devenir juif. C’était un sujet délicat et une période de l’histoire de France peu reluisante, si bien que je n’étais pas certain que Pascal réussisse à monter son projet — mais il y est parvenu, et tant mieux !

Qu’est-ce qui, selon vous, déclenche sa prise de conscience ?

À mes yeux, c’est surtout quelqu’un qui se laisse porter par un destin qu’il n’a pas choisi. Je ne suis pas convaincu qu’il ait une conscience ou qu’il fasse son mea culpa. Au fond de lui, il reste sûrement un lâche et un fainéant qui n’a pas envie de travailler, mais il est surpris d’avoir un ami dans sa vie, quelqu’un à qui il tient.

Avez-vous un peu d’empathie pour lui ?

J’ai beaucoup d’empathie pour lui et c’est un personnage que j’adore, bien qu’il ne soit pas très glorieux. Comme dans les meilleures comédies italiennes, façon Les Nouveaux monstres, il ne cesse de mentir — c’est un type sans scrupule que sa condition excuse.

Comédie dramatique. 3,5 étoiles AlloCiné.

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