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Les Braises


Karine et Jimmy forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.

Entretien avec le réalisateur Thomas Kruithof

Vortre désir initial était-il de filmer un couple de cet âge-là, traversant sa première crise grave, ou est-ce le mouvement des Gilets jaunes qui s’est imposé ?

Dans les deux cas, il s’agit d’engagement. Avec mon co-scénariste Jean-Baptiste Delafon, nous avions déjà exploré les ressorts intimes de l’engagement dans Les Promesses, mais Isabelle Huppert et Reda Kateb incarnaient alors des professionnels de la politique.

Cette fois, nous voulions aborder la politique sans le métier, sans la quête de pouvoir : raconter la découverte de l’engagement militant et observer la façon dont il peut entrer en collision avec la vie amoureuse, la vie familiale.

Quand on est un simple citoyen qui s’engage sans y avoir été préparé, tout en menant une vie déjà bien remplie, les enjeux ne sont pas les mêmes que pour celui ou celle dont c’est le métier. L’irruption soudaine de la politique dans la vie personnelle et familiale est d’une grande violence.

C’était aussi le moyen de mêler la grande et la petite histoire, l’intime et le collectif. Entremêler l’idéal de solidarité et le couple, y compris d’ailleurs dans sa dimension politique, parce que vivre ensemble longtemps relève d’une vision du monde qui se construit à deux. Est-ce qu’on peut continuer à s’aimer quand on ne partage plus la même croyance en l’avenir ?

L’idéal politique s’incarne à travers les Gilets jaunes. Pourquoi ce mouvement-là ?

D’abord parce que c’est le plus grand mouvement de contestation sociale de notre histoire récente, qui résonne encore fortement sept ans après, et qui n’a quasiment pas été traité au cinéma par la fiction. Et puis surtout parce que c’est un mouvement très spontané qui a eu la particularité d’initier des centaines de milliers de citoyens au militantisme politique, hors des structures traditionnelles d’engagement.

Tout part de la hausse de cette taxe sur le carburant et du sentiment d’être méprisé par les politiques ignorant leur mode de vie, dans lequel la voiture est vitale. Mais très vite, les revendications deviennent plus amples, plus structurelles, et remettent en cause le fonctionnement de la démocratie.

Le traitement des Gilets jaunes par les médias s’était beaucoup focalisé sur les affrontements dans les manifs, avec une tendance à réduire le mouvement à certains débordements de violence physique et verbale. Nous, on avait envie de raconter les choses de l’intérieur d’un groupe, d’un personnage, et on a commencé le processus d’écriture par des rencontres avec des Gilets jaunes.

Y a-t-il une personne réelle qui a inspiré le personnage de Karine ?

Tous les gens qu’on a rencontrés nous ont inspirés. On a recueilli des témoignages d’abord en Bretagne et en Haute-Loire, puis à Limoges et Angoulême où le film a été tourné. Il y avait chez tous du plaisir à se remémorer le premier rassemblement, le lien social, les amitiés nouées qui avaient perduré, l’effervescence de croire qu’ils pouvaient changer le monde ensemble, même un peu.

Bien sûr, le durcissement de la lutte, la fin du mouvement et son absence de débouché politique ont aussi laissé des traces en eux. Mais ils n’avaient pas de regrets quant à leur découverte de l’engagement politique, et de ce que cela avait changé en eux.

Drame de Thomas Kruithof. 3,6 étoiles AlloCiné.

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