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L'Accident de piano


Samuel, journaliste, et Ava, sa fille et stagiaire, couvrent pour leur magazine le meurtre d’une jeune fille attaquée à l’acide. Frappé par la brutalité de ce meurtre, ainsi que par l’intérêt de sa fille pour l’affaire, Samuel décide de mener une enquête indépendante, à l’insu de sa rédaction, et découvre des similitudes troublantes avec le meurtre d’une autre femme.

Entretien avec Peter Dourountzis

Comment est née l'idée de Rapaces ?

Peu après la sortie de Vaurien, Christophe Delsaux (Oriflamme Films), m'a proposé de mettre en scène un scénario écrit et dialogué par Christophe Cantoni, ex-journaliste à Détective. Inspiré de l'affaire « Elodie Kulik » qu’il avait couvert à l’époque. Je n'étais pas entièrement convaincu par le script, mais l'arène dans laquelle se déroulait l’intrigue m'intéressait beaucoup. Je leur ai demandé si je pouvais réécrire et me réapproprier l’histoire pour y implanter un autre récit. Et je suis reparti d’une page blanche. Puis j’ai proposé à Thibault Gast et Matthias Weber (2425 Films) de nous prêter leur expérience du thriller, et nous rejoindre dans l’aventure. 

Les violences faites aux femmes, c'est aussi ce qui rapproche Rapaces de Vaurien

C'est une question à laquelle je suis sensible depuis l'adolescence. À 12-13 ans, j’étais insouciant, libre d’aller où je voulais, l’espace public m’appartenait. Parce que j’étais un homme, et qu’il ne pouvait rien m’arriver. Je me sentais une forme d’immunité. Et j'ai réalisé que ce n’était pas le cas pour les femmes de mon entourage. C’est comme ça que je me suis posé la question : « c’est quoi de vivre avec cette peur ? » De cette interrogation est né Vaurien, puis Rapaces, qui prolonge la réflexion. Prendre le fait divers comme sujet principal de mon film, et des journalistes spécialisés de Détective comme les héros du récit, c’était nécessairement évoquer les violences masculines, qui en composent les affaires les plus feuilletonnantes, et les plus marquantes. 

Et comment avez-vous composé le reste du casting ? 

Le rôle de Jean-Pierre Darroussin, je l’ai écrit pour lui. L'avoir sur mon plateau me paraissait irréel, tant il appartient à une famille de cinéma avec laquelle j'ai grandi. Ça m'a amusé de voir à quel point il était prêt à bouger son image pour le film. Il y a 25 ans, il avait joué dans Le Poulpe de Guillaume Nicloux, et il avait l'impression de renfiler le blouson de cuir de son personnage. Or ça collait plutôt bien avec la façon dont me sont apparus les vrais journalistes de Détective. De son côté, Valérie Donzelli véhicule une fantaisie, une nonchalance, et une impression de faire les choses spontanément qui font un bien fou. Avec elle, chaque prise est différente, tant elle apporte sans cesse un nouveau souffle. Stefan Crepon est un métronome impressionnant, doublé d’un partenaire idéal, et je me suis régalé à le diriger. Quant à Mallory Wanecque, elle n’avait que 17 ans et représentait la fraîcheur d'un visage moins connu. Avec elle, je me suis permis de procéder différemment. Je la dirigeais souvent à la voix, en direct, à la façon de Valéria Bruni-Tedeschi. Je lui disais que son côté enfantin marchait pour le début du film, mais qu’ensuite elle devait s'imaginer quelques années plus tard, lorsqu’elle serait une femme. Le fait de la diriger un peu différemment, ça perturbait un peu les autres comédiens. Mais Mallory est intelligente et sans aucun ego. Elle a adoré l’exercice, et le fait d’y parvenir. Entre eux tous, des liens se sont créés naturellement. Il y avait sur le plateau un climat de confiance très agréable.

Thriller de Peter Dourountzis. 3,8 étoiles AlloCiné.

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