Thierry Paulin, né en 1963 à Fort-de-France en Martinique et mort en 1989 à la prison de Fresnes, est un tueur en série présumé, responsable d’une des affaires criminelles les plus choquantes de la France des années 1980.
Thierry Paulin naît d’une relation non désirée entre une adolescente martiniquaise et un maçon. Très tôt abandonné par ses parents, il est confié à sa grand-mère, puis repris par sa mère à l’âge de 10 ans, sans jamais vraiment trouver sa place. Métis, homosexuel et instable, il grandit dans un climat de rejet et de violence, développe un comportement manipulateur et agressif, et accumule les échecs scolaires. Rejeté à l’armée en raison de son orientation sexuelle, il sombre peu à peu dans la marginalité.
En 1982, alors qu’il est en permission, Paulin agresse une commerçante de 75 ans. Condamné avec sursis, il échappe à la prison. Installé à Paris, il fréquente le milieu des travestis et rencontre Jean-Thierry Mathurin, un jeune toxicomane et prostitué avec qui il entame une relation amoureuse. Ensemble, ils mènent une vie nocturne excessive, entre cabarets, drogue et violences domestiques.
Entre octobre et novembre 1984, huit femmes âgées sont agressées et tuées à Paris, souvent étouffées, battues, ou empoisonnées. Ces crimes d’une extrême brutalité, motivés par le vol, ne laissent que peu de traces. Paulin choisit ses victimes parmi les personnes les plus vulnérables, vivant seules. Avec Mathurin, il dilapide les biens volés en menant une vie de luxe artificiel. Malgré certaines pistes, la police ne parvient pas à identifier les coupables.
Retour à Toulouse, séparation et deuxième vague
Après avoir quitté Paris fin 1984, Paulin tente de renouer avec son père à Toulouse, mais leur relation échoue. Il revient seul à Paris et, entre décembre 1985 et juin 1986, une seconde série de meurtres est commise. Huit autres femmes âgées sont tuées dans des circonstances similaires. Une empreinte digitale relie alors ces meurtres à ceux de 1984, mais l’identité du tueur reste inconnue.
En 1986, Paulin est incarcéré pour des violences commises lors d’un trafic de drogue. Il sort en 1987, apprend qu’il est atteint du sida et, se sachant condamné, recommence à tuer. En novembre 1987, trois femmes âgées sont attaquées. Une seule survit, Berthe Finalteri, et parvient à donner une description de son agresseur. Un portrait-robot est diffusé à Paris le 28 novembre, jour même des 24 ans de Paulin, qu’il fête en grande pompe grâce à l’argent volé à ses victimes.
Le 1er décembre 1987, un commissaire reconnaît Paulin dans la rue grâce au portrait-robot. Arrêté, il avoue très vite 21 meurtres, bien que la justice ne retienne que 18 affaires contre lui. Lors de sa garde à vue, il révèle l’implication de son ex-compagnon, Jean-Thierry Mathurin, qui sera arrêté le lendemain et avouera sa participation à huit meurtres en 1984. Cette affaire souligne de graves lacunes dans la gestion des empreintes digitales par les autorités, et contribuera à la création du fichier automatisé FAED.
En 1988, l’état de santé de Thierry Paulin se détériore rapidement. Hospitalisé dans un état grave, il meurt du sida le 16 avril 1989, à la prison de Fresnes, sans jamais avoir été jugé. Mathurin, quant à lui, sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa participation aux meurtres.
L’affaire Paulin reste marquante à plusieurs titres : par la cible très spécifique de ses victimes (des femmes âgées vivant seules), la violence extrême des crimes, le profil du meurtrier, jeune, marginal, travesti, séropositif, et par les défaillances policières qui ont retardé son arrestation. L’histoire de Thierry Paulin continue de fasciner autant qu’elle interroge sur les limites du système judiciaire et social de l’époque.
Texte sous licence CC BY-SA 3.0. Contributeurs, ici. Photo : Yu Han Huang - Pexels.