Jacques Rançon, né en 1960 à Hailles (Somme), est un tueur en série et violeur français reconnu coupable de plusieurs meurtres et agressions sexuelles extrêmement violentes, commises entre 1986 et 1998. Il est l’un des rares criminels français à avoir été condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité. Son parcours criminel a marqué l’histoire judiciaire française, notamment à travers l’affaire des meurtres de la gare de Perpignan.
Jacques Rançon grandit dans un contexte familial difficile, marqué par la pauvreté, les violences physiques et l’abandon. Enfant battu par sa mère, ignoré par son père, il développe très tôt un comportement instable. Dès l’adolescence, il fait preuve de violence, commettant sa première agression sexuelle à l’âge de 16 ans, en 1976. Il échappe alors à toute condamnation. Très vite, il enchaîne petits délits, vols de voitures, agressions et comportements déviants.
Le 28 juin 1986, il tue pour la première fois : Isabelle Mesnage, une étudiante de 20 ans, qu’il viole, étrangle et mutile dans un coin isolé de la Somme. Le crime reste non élucidé pendant plus de 30 ans. En 1992, Rançon est arrêté et condamné à 8 ans de prison pour le viol de Nathalie, une jeune femme qu’il avait enlevée sous la menace d’un couteau. Il sort en 1997, après cinq ans de détention, et s’installe à Perpignan.
Entre 1997 et 1998, Rançon s’attaque à plusieurs jeunes femmes à proximité de la gare de Perpignan. Il tente d’abord de violer une jeune femme, Nadjet Ouatiki, qui parvient à lui échapper. Quelques mois plus tard, il viole et tue Mokhtaria Chaïb, 19 ans, en la mutilant atrocement. En mars 1998, il agresse Sabrina, qu’il poignarde, mais qui survit. Puis, en juin de la même année, il viole, décapite et mutile Marie-Hélène Gonzalez, 22 ans. Le lien entre ces meurtres n’est pas fait immédiatement, et un autre homme, un faux médecin péruvien, est même arrêté à tort.
Rançon est arrêté en septembre 1998 pour une tentative d’agression sur une automobiliste. Bien qu’il soit brièvement interrogé sur le meurtre de Gonzalez, il n’est pas inculpé. Il purge une peine de prison pour l’agression, puis pour une autre tentative de viol commise en 1999 à Amiens.
Après sa libération en 2003, Rançon vit à Perpignan avec une nouvelle compagne. Le couple se dégrade et en 2012, il est condamné pour harcèlement et menaces de mort après leur séparation. En prison, son ADN est enregistré au Fichier national. En 2014, une correspondance ADN est découverte sur une chaussure de Mokhtaria Chaïb. Ce nouvel élément déclenche son arrestation.
En garde à vue, Jacques Rançon nie d’abord les faits, puis finit par avouer les meurtres de Mokhtaria Chaïb et de Marie-Hélène Gonzalez, ainsi que la tentative de meurtre de Sabrina. Il décrit en détail les agressions et les mutilations, affirmant qu’il voulait simplement « faire l’amour », et tuait quand ses victimes refusaient.
En mars 2018, Jacques Rançon est jugé à Perpignan pour les deux meurtres et la tentative de meurtre. Décrit comme un prédateur sexuel sadique, mais reconnu pénalement responsable, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté.
En 2019, il est mis en examen pour le meurtre d’Isabelle Mesnage, commis 33 ans plus tôt. Il avoue ce crime également, mais finit par se rétracter. Malgré cela, il est jugé en 2021 à Amiens. De nouveaux témoignages, dont celui d’une victime rescapée de 1987, renforcent les soupçons. Il est condamné à 30 ans de réclusion avec 20 ans de sûreté, mais la peine est déclarée illégale en appel. En juin 2022, il est rejugé et condamné à la perpétuité avec 18 ans de sûreté, devenant ainsi l’un des très rares criminels français à recevoir deux peines de perpétuité.
Plusieurs homicides non résolus pourraient lui être liés. Parmi eux : Sophie Borca, 16 ans, tuée en 1985 dans la Somme dans des conditions proches, ou encore une auto-stoppeuse finlandaise tuée en 1982. Aucun lien formel n’a été établi, mais les enquêteurs continuent de surveiller d’éventuelles connexions.
Jacques Rançon incarne une figure rare dans l’histoire criminelle française : celle d’un tueur en série aux crimes étalés sur plusieurs décennies, longtemps passé entre les mailles du filet judiciaire. Sa capture tardive n’a été possible qu’avec l’essor de la génétique judiciaire. Son dossier a mis en lumière les failles d’enquête et les dangers de la récidive criminelle mal anticipée. Son profil continue d’être analysé dans le cadre d’enquêtes sur d’autres "cold cases".
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