Après La panthère des neiges, Vincent Munier nous invite au cœur des forêts des Vosges. C’est ici qu’il a tout appris grâce à son père Michel, naturaliste, ayant passé sa vie à l’affut dans les bois. Il est l’heure pour eux de transmettre ce savoir à Simon, le fils de Vincent.
Trois regards, trois générations, une même fascination pour la vie sauvage. Nous découvrirons avec eux cerfs, oiseaux rares, renards et lynx… et parfois, le battement d’ailes d’un animal légendaire : le Grand Tétras.

Effectivement, Le Chant des forêts est un film plus intime. Pas d’expédition lointaine ni d’exotisme cette fois, mais une plongée dans les forêts qui m’ont façonné. Une approche plus immersive, avec la caméra comme une présence quasi animale, qui ne domine pas mais se fond dans le milieu. Nous tentons de regarder les bêtes… mais elles, sans cesse, nous épient en retour. C’est ce jeu de miroir qui m’intéresse : filmer non pas depuis une position de force, mais dans une posture de fragilité, d’attention.
De celle qui relie trois générations : mon père Michel, mon fils Simon et moi. J’ai grandi non loin de la forêt, avec des parents qui m’ont appris à regarder les arbres, les oiseaux, le vent comme on regarde un trésor. C’est un privilège rare, et j’ai ressenti qu’il était temps de le partager à travers un film.
Cette intimité est bien sûr familiale, avec ce trio que nous formons tous les trois, mais elle est aussi sensorielle. Elle se vit dans la manière de se mettre à l’affût, d’attendre ensemble, dans le silence, une apparition. C’est une intimité qui naît quand on accepte de se faire minuscule, pour se laisser traverser par ce qui nous entoure.
Le film a pris très tôt cette dimension de veillée, presque de conte, en effet. La cabane est devenue un lieu central, comme un foyer autour duquel on se rassemble, où les histoires reprennent vie et se transmettent. Mais ce n’est pas seulement un récit familial, c’est aussi une manière de dire que la forêt elle-même raconte une histoire.
C’est le grand défi de ce film : donner la parole à la forêt. Elle a son propre chant, subtil, discret et parfois si puissant. Le son, avec toutes ses finesses, a une importance capitale.
Depuis une dizaine d’années, je l’intègre à ma démarche. Il est devenu aussi essentiel que l’image, parfois même davantage. Il laisse place à un imaginaire utile. Je voulais que le spectateur vive cette expérience comme s’il était lui-même à l’affût, plongé dans l’obscurité, tous ses sens en éveil.
À l’affût, on entend avant de voir, que ce soit la hulotte, le grand-duc, le cerf, la grue, et bien sûr le grand tétras. La nuit surtout, les sons dessinent les présences : un souffle, un craquement, le bruissement d’une aile que l’on devine dans l’ombre.
Nous avons essayé de rester « en murmure », de chuchoter plutôt que de parler. C’est une façon d’habiter la forêt. Très peu de bruitages ont été ajoutés. Les sons sont naturels, enregistrés sur le terrain, en plaçant des micros sur batterie pendant quelques jours dans des endroits stratégiques. C’est la même démarche que pour l’image : pas d’artifices, pas d’effets, seulement la langue des bois, des cris, des feulements, des silences habités.
Documentaire de Vincent Munier, 4.5 étoiles AlloCiné.