
C’est le titre qui m’a d’abord obsédée : Vie Privée, volé au beau film sans rapport de Louis Malle. Je laissais depuis des années dérouler plusieurs films sous ce titre, persuadée qu’il détenait une vérité que je devais percer : l’intime, le contraste entre ce que l’on sait de soi et ce que les autres pensent de nous.
Et bien sûr son contraire, la vie publique, professionnelle, dans laquelle se nouent une bonne part de nos contradictions. La « Vie privée » du titre est donc à entendre comme l’intimité qu’elle désigne mais aussi une vie qu’on prive. Vie privée, privée de vie. Manière de comprendre que ce qui nous touche de plus près nous met aussi en danger.
Le film s’appelait Liliane Steiner, il y était question d’une psychiatre éponyme, d’une patiente suicidée, de vies antérieures qui les réunissaient et expliquaient l’empathie anormale du médecin envers la disparue. Ce point de départ m’excitait comme la promesse d’une blague juive : que se passe-t-il si votre psychanalyste se met à pleurer, émue, quand vous lui racontez votre vie ?
Il m’a semblé vite évident que cette psychiatre devait se sentir si coupable de la disparition de sa patiente qu’elle se mettait à douter du suicide, à enquêter, si possible avec un ancien amour qu’on pensait consumé, sur la possibilité d’un crime. Une crise personnelle comme une enquête policière, une comédie du remariage comme un pari. Le film entier est la mise en scène et la résolution de ce doute.
Je me suis identifiée à Lilian Steiner qui reconnait sa limite dans son travail et doit s’amender.
Elle est débordée non pas, comme il est coutume de montrer les femmes quand on les dit complexes, par les tourments d’une désaxée, d’une irrationnelle, d’une alcoolique etc – même si elle ne rechigne jamais je vous rassure à une bonne vodka – mais bien l’inverse : par sa trop grande rationalité, sa trop grande solidité qui comme chacun sait n’est jamais qu’une façade.
Elle se remet en question, sur tous les plans de son existence, y compris professionnelle, et curieusement cette histoire qui cherche à en finir avec la fiction des femmes fortes n’est pas souvent racontée.
Cette ambivalence a donné sa couleur au film, entre pures situations de comédie assumées et plongées plus inquiétantes dans les profondeurs d’une personnalité riche en zones d’ombre.
Drame de Rebecca Zlotowski, 4 étoiles AlloCiné.