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Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce


Roland Moreno, né le 11 juin 1945 au Caire et mort le 29 avril 2012 à Paris, est un inventeur français. Il est célèbre notamment pour avoir inventé la carte à puce, en 1974.

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Enfance et formation

Né le 11 juin 1945 dans une famille juive du Caire, il est le fils de Charles Moreno et de Fernande Bahbout. Jeune enfant, il émigre en France avec sa mère, qui le place en pension les jours de semaine dans une famille de Garches. Il fréquente les lycées Montaigne et Condorcet à Paris. Il réalise un poste à galène à 13 ans.

Après son baccalauréat, il suit pendant un an des cours en sciences humaines à la Sorbonne. Il occupe successivement différents petits emplois de 1965 à 1969. Ainsi il est employé de bureau à la Mutuelle nationale des étudiants de France, puis monteur de luges à la CIMS en 1966, ensuite employé aux écritures au ministère des Affaires sociales. On le retrouve journaliste-reporter à Détective, garçon de courses à L'Express. De 1970 à 1972, il est secrétaire de rédaction à Chimie-actualités.

Un inventeur atypique

Inventeur original, personnage charismatique fourmillant d’idées, ce bricoleur intuitif, réalise dans sa jeunesse divers gadgets : une machine à tirer à pile ou face (« Matapof »), une machine à faire sauter des allumettes déposées sur une membrane de haut-parleur, un imitateur de chants d'oiseaux, le « Radoteur » (un générateur de mots nouveaux issus d'une liste de mots du dictionnaire).

Pour expliquer sa célèbre invention, il expliquait au quotidien France-Soir en 2006 : « J'ai trouvé la solution dans mon sommeil en rêvant. En vérité, je suis un gros paresseux et j'ai une très faible productivité ». « Je suis jaloux, très dépensier, totalement sédentaire et distrait. J'ai indiscutablement un côté professeur Nimbus ».

De l'imagination de la carte à puce aux brevets d'invention

Les sources d'inspiration

Insomniaque et boulimique, il se nourrit de lectures en tout genre : Électronique Actualités, Le Haut-parleur, Radio-plans et des livres de sciences fiction. Le 25 mars 1974, il dépose un premier brevet d'invention, dont la source d'inspiration, portant sur une bague comportant une information mémorisée, pourrait provenir de la lecture du roman de science-fiction de René Barjavel, La nuit des temps paru en 1968. Le romancier y a imaginé une bague contenant un code modifiable périodiquement, reliée à un ordinateur central, pour effectuer des opérations financières. « Chaque fois qu'un Gonda devait quelque chose de nouveau, des vêtements, un voyage, des objets, il payait avec sa clé. Il pliait le majeur, enfonçait sa clé dans un emplacement prévu à cet effet et son compte à l'ordinateur central était aussitôt diminué de la valeur de la marchandise ou du service demandé. »

Il y a également un autre « précurseur » de la carte de crédit dans la littérature de science-fiction, en la personne de Robert A. Heinlein, dans son roman Une porte sur l'été paru en 1957 : « Avec le code radio-actif de mon chéquier universel, vérifiable par le cerveau électronique qui commandait toutes les banques de la ville, on me donna des billets aussi rapidement que si j'avais été me faire régler à la caisse. »

Innovatron

En mars 1972, Roland Moreno crée l'association Innovatron. En juillet il transforme l'association Innovatron en SA « pour vendre des idées ».

À partir de 1975, il commercialise des noms de marques ou de produits, conçus pour des sociétés à l'aide du Radoteur et de quelques retouches humaines, et a pour objectif l'exploitation du brevet de base.

Parmi les applications de la carte à puce mémoire sans microprocesseur, citons la carte téléphonique, la carte SIM des téléphones portables, ainsi que la carte Navigo pour les transports publics parisiens qui utilise les puces lisibles à distance créées initialement par Innovatron lors d'un partenariat avec la RATP.

En 2012, Innovatron emploie cinq salariés gérant un portefeuille de 110 licenciés RFID.

L'invulnérabilité des cartes mémoire

À la suite des travaux de Serge Humpich et de l'affaire des yes-cards, Moreno obtient une tribune médiatique en proposant le 14 mars 2000 une prime d'un million de francs à quiconque parviendra, dans un délai de trois mois et par n'importe quel moyen logique, à écrire un bit dans la zone préservée par le brevet « Inhibiteur » du 17 mars 1975 et à lire un bit dans la zone préservée par la combinaison des brevets « Comparateur » et « Compteur d'erreurs ». Il déclare, le 16 juin 2000, que personne n'a trouvé la solution.

Retombées financières

L'invention de la carte à puce, avant qu'elle n'entre dans le domaine public en 1998, aura rapporté à Innovatron l'équivalent de 150 millions d'euros.

En 2002, il a revendu ses parts de la société Gemplus, le fabricant français de carte à puce, mais était resté à la tête de sa société Innovatron, qui continue à percevoir des droits sur les cartes sans contact comme la carte Navigo. Celle-ci met en œuvre un procédé RFID de transmission de données qu'Innovatron avait développé avec la RATP.

Vie privée et mort

Il habite, de 1996 à 2006, 3 rue de l'Ancienne-Comédie (6 arrondissement de Paris). Après une première embolie pulmonaire, en 2006, il meurt le 29 avril 2012 à 66 ans à son domicile parisien, rue Danton.

Texte et photo sous licence CC BY-SA 3.0. Contributeurs, ici.

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