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Le test


Annie Castillon est heureuse. Sa vie conjugale avec Laurent est un exemple d’harmonie. Ses deux grands, Maximilien et César sont des garçons brillants et sensibles. Et Poupi, sa jeune ado, l’épaule sans jamais se plaindre dans l’éducation d’Antoine, le petit dernier. Un week-end comme tous les autres, la découverte d’un test de grossesse positif dans la salle de bain va enrayer la belle harmonie.

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Entretien avec le réalisateur, Emmanuel Poulain-Arnaud

Quelle est la genèse de cette histoire ?
Tout est parti de la question suivante : Comment réagit-on à la découverte chez soi d’un test de grossesse positif dont on ne connait pas l’origine ? C’est l’idée originale du scénariste Thibault Vanhulle à laquelle les producteurs Thibault Gast et Matthias Weber m’ont proposé de réfléchir. Mon coscénariste Noé Debré et moi avons transposé cette question au sein d’une famille. Cette découverte nous semblait une parfaite situation de départ pour en dresser le portrait à travers le regard d’une mère, Annie, qui va découvrir, au fil de son enquête, qu’elle est passée à côté de l’essentiel. Tel un grain de sable qui viendrait enrayer le quotidien bien réglé de cette famille ordinaire, le test de grossesse va agir comme un révélateur et mettre Annie face aux petits secrets de ses enfants et de son mari, mais aussi face à ses propres questions de femme. Finalement c’est un test pour tout le monde.

Comment définiriez-vous le personnage d’Annie qui porte l’histoire sur ses épaules comme elle semble porter son mari et ses quatre enfants ?
C’est une mère d’aujourd’hui qui doit composer avec toutes ses missions quotidiennes. Il lui faut dépenser une énergie de dingue pour penser à tout, orchestrer sa vie et celle de sa famille au quotidien. Annie a un tempérament de feu, elle est forte et attachante, solaire et énergique, elle ne s’accorde aucun moment de répit et ne pense jamais à elle. Entrainée par un amour débordant pour les siens, Annie veut le meilleur pour chacun jusqu’à parfois prendre le contrôle de leur vie sans en avoir réellement conscience.

Cette mère veut tout gérer pour ses enfants dont les deux ainés sont déjà grands. Intransigeante elle est aussi intrusive et infantilisante. Presque abusive non ? 
Annie n’est pourtant pas une mère excessive, une mère de fiction, stéréotypée ou caricaturale. Nous avons souhaité qu’elle soit bien réelle. C’est une maman qui a beaucoup d’exigence et d’ambitions pour ses enfants et leur met beaucoup de pression. Mais si elle est parfois intrusive, ou maladroite, elle est lucide et s’en veut immédiatement. Annie est pleine de contradictions. Nous la découvrons à un moment de son existence où ses enfants commencent à avoir une vie privée. Ses aînés n’ont plus besoin de leur mère, en tout cas c’est ce qu’ils pensent. Son rôle de mère est en train de changer mais elle ne l’a pas encore intégré et continue de couver ses enfants qui ne demandent pourtant qu’à s’envoler. Mais même si son rôle change, ses enfants restent ses enfants. L’amour maternel est plus fort que tout.

En assumant totalement cette mission maternelle, ne passe-t-elle pas à côté de plein de choses ?
Oui, c’est lié à son tempérament explosif. Annie est une fonceuse, un rouleau compresseur, sans cesse en action. Par son tempérament, elle empêche parfois les siens de se confier à elle. Car quand ils se confient, elle ne tergiverse pas, fonce pour les aider, et prend souvent de mauvaises décisions. Par exemple, pour protéger son fils cadet et l’éviter de souffrir, elle est capable d’appeler la mère de son ex-petite amie pour rattraper le coup. La honte totale ! Alors ses enfants ont appris à composer avec ce trait de caractère de leur mère, et se sont peu à peu construit leur jardin secret. Malgré tout, au cours du film, chacun des enfants a besoin de sa maman. Tout le monde a besoin d’être réconforté dans des bras maternels. Quel que soit son âge.

Mais elle est tellement accaparée par cette mission de mère qu’elle s’oublie en tant que femme...
Elle le dit au cours d’un monologue. Elle a 50 ans, se sent presque asexuée, elle a l’impression d’avoir tellement mis en priorité sa famille qu’elle en paye le prix. Elle découvrira qu’elle a tort, qu’elle est mère mais toujours femme.

Pour quelles raisons avez-vous choisi Alexandra Lamy pour l’incarner, avez-vous écrit pour elle ? 
Avec Noé, nous n’écrivons jamais pour des comédiens. Cela nous mettrait des œillères pour construire nos personnages. En revanche, une fois le scénario écrit, le choix d’Alexandra a très vite été une évidence. Ensemble, nous avons trouvé cette ligne fine, cette partition tout en nuances pour le personnage d’Annie. Dans une même scène, Alexandra parvient à trouver des milliers d’émotions qui donnent au personnage sa flamboyance, son énergie, sa fragilité, sa drôlerie, sa dureté. Sans tomber dans l’excès. En restant dans la vérité. Alexandra a l’instinct inné de la comédie, cette vis comica qu’elle peut en un clin d’œil, un seul regard, transformé en une émotion très forte, ce qui est très rare.

Vous avez aussi transformé sa couleur de cheveux puisqu’elle est rousse. Était-ce pour exprimer la dureté de son caractère ou juste pour lui donner du peps ? 
J’ai vu beaucoup Alexandra au cinéma avec sa belle chevelure blonde et frisée, cette douceur romantique, et j’avais envie d’autre chose pour qu’elle puisse trouver son personnage, qu’elle aille chercher cette fameuse partition. Je l’avais vue dans un film belge, « Vincent ou la fin du monde » dans lequel elle avait les cheveux rouges et où son personnage était flamboyant, instinctif et imprévisible. Cette transformation capillaire, nous l’avons décidée d’un commun accord pour souligner l’énergie de son personnage. Cette rousseur, c’est le feu de la famille.

Si l’on vous dit que le test est une comédie qui flirte avec le drame, la tragédie, est-ce que cela vous va ?
J’aime la comédie humaine, qu’on puisse rire et s’émouvoir d’une situation qui parait vraie, à laquelle on peut s’identifier. En recherchant cette vérité, les scènes peuvent ainsi nous surprendre, passer de la comédie à la tragédie, et vice et versa, en un clin d’œil. Avec Noé, Si nous avions imaginé des scènes plus excessives, explicatives ou surlignées, ces changements d’humeurs et d’émotions auraient été bien moins évidentes.

Qu’elles sont vos références en la matière ? 
En toute humilité, je pense avoir été influencé par le travail de Cédric Klapisch, celui de Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, Coline Serreau aussi. Je pourrais également citer Richard Curtis. J’adore « Le Lauréat » de Mike Nichols qui allie comédie et drame de façon incroyable. 

Comédie d'Emmanuel Poulain-Arnaud. 1 nomination au Festival du Film Francophone d'Angoulème 2021 (Edtion 14). 3,4 étoiles sur AlloCiné.

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