
Jusqu’à 14 ans il rêvait de devenir mécanicien sur locomotive à vapeur et puis, par un « beau » dimanche d’octobre, son orientation changea quelque peu : une exposition, « Ailes Françaises », lui fit découvrir un autre monde auquel il n’osa espérer accéder. Des avions rapides et de toute beauté, des hommes effectuant des prouesses tout en trouvant cela normal, décidèrent de son avenir. En rentrant à la maison, c’était décidé, il ferait tout ce qu’il pourrait pour devenir pilote, sans envisager d’emblée de devenir pilote de Chasse, ce qui lui semblait hors de portée. Maman fut ravie de voir son fils envisager un tel destin et au cours des années à venir, seule pour l’élever, elle trima dur afin que ses études puissent être poursuivies.
Dire que son adolescence fut une vie monastique serait faux mais ce fut une vie dominée par l’école et le désir de voler. Dés 15 ans ce fut l’aéroclub et, en attendant de voler, les cours théoriques et quelques sauts des tours à parachute en bordure de la capitale. A cette occasion il apprit que, être responsable de quelque groupe que ce soit, donnait du courage ! Ça devait servir par la suite ! Enfin, les 16 ans arrivèrent et ce fut le début des vols : d’abord le planeur et ensuite l’avion léger : voler seul, tout seul, même si l’on se sent un peu nu les premiers temps, ça y est ! On l’a fait ! Pendant de temps là, la semaine mais aussi une bonne partie des week-ends, le travail scolaire avançait et les circonstances firent que du brevet envisagé au départ on passa au concours d’entrée à l’Ecole de l’Air : devenir officier devait permettre de mieux voler encore ! Idée de gosse, rapidement démentie car les premiers mois à l’Ecole de l’Air furent plus meublés de marches de nuit et d’exercices de combat que d’heures de vol : mais quand on veut atteindre un but il faut encaisser bien des choses ! Enfin le moment tant attendu arriva : nous allions entamer notre pilotage, le vrai celui au bout duquel attendait le brevet … si tout se passait bien ! Le plan de charge de la France était tel que nombre de pilotes, à cette époque, étaient entraînés aux Etats-Unis. Allons donc ! à nous l’Atlantique et le Texas !

Dire que cet entraînement fut une partie de plaisir serait mentir : il fallait apprendre un métier dans les temps fixés par les programmes et, pour faciliter le tout, dans une langue étrangère ! Une sueur froide quelque temps avant le brevet, brevet sauvé par un brave capitaine indien, Hiawatha Mohawk, venu à son secours et le brevet fut dans la poche ou plutôt les « Wings » sur la poitrine ! Et un beau diplôme de « Fighter pilot ».
Retour en France et première affectation en unité de combat : sortir de la Grande Ecole, contrairement à ce qu’il se passe dans le civil, ne dispense pas d’apprendre le métier ! Et petit à petit, en plus des galons au sol, arrive la qualification de chef de patrouille, celui qui commande en vol. Une vie nouvelle bientôt rendue encore plus attrayante par le commandement d’unités de combat : pas le commandement version Courteline mais celui d’hommes avec lesquels on partage le même métier, la même vie et court les mêmes risques voire éprouve les mêmes peines quand l’un de nous n’est pas rentré. Période faste durant laquelle aussi les avions évoluent au point de passer d’à peine 800 km/h à Mach 2 … ici la vitesse fait partie du métier et il n’y a pas de risque de perdre des points.
Hélas, cette vie ne peut durer éternellement et il faut bien suivre les contraintes du métier militaire et, notamment, réussir le concours d’entrée à l’Ecole Supérieure de Guerre Aérienne et, à la sortie, se coltiner un passage en état-major. Certes, il est des postes intéressants mais, pour maintenir un pilote en vie, la perfusion de quelques heures de vol par mois, reste maigre pitance. Ensuite il faut évaluer l’avenir et décider : y a-t-il assez d’avenir ? En d’autres termes suffisamment d’étoiles à l’horizon ? Si non, il faut encore choisir ; ou finir dans un fond de couloir d’état-major ou faire le grand saut sans le civil. Tout bien pesé, il décida d’aller voir le civil et non comme marchand de tapis d’un quelconque constructeur aéronautique mais dans au tout autre métier.
Suivant les avis de gens bien avisés, il se présenta pour faire le CPA (Centre de perfectionnement aux affaires devenu depuis Executive MBA). Avec un peu de travail, des cours le soir entre 18 et 23 heures, il eut la surprise de finir en bonne place notamment en gestion et finances, nonobstant ses origines. Quoi de plus normal que de chercher un emploi dans le civil et grande fut la surprise du racisme rencontré. Plusieurs entretiens se terminèrent sur la formule aimable : « Il est possible que vous soyez intelligent, plus intelligent que les gens que nous employons (merci) mais, eux, ont déjà fait ».
Alors ? Eh bien la chance fit qu’un de ses soldats en état-major (futur directeur financier d’un grand groupe) après en avoir discuté avec son père (expert-comptable), lui confirma que l’idée de préparer le diplôme d’expert-comptable et commissaire aux comptes, était une bonne idée. Et ainsi, il retourna à l’école … une fois de plus, fit son stage en cabinet et se trouve maintenant à portée de chez vous.

Bernard Ruff
De tout cela que reste-t-il ? Tout d’abord la connaissance de l’être humain, le sens des responsabilités et l’esprit de décision : héritage normal du commandement et l’habitude de travailler avec des gens jeunes. Ensuite un certain niveau de connaissances scientifiques et techniques (avec un diplôme d’ingénieur), lui permettant de comprendre processus industriels et problèmes techniques. Enfin, une connaissance solide de la langue anglaise, conséquence de l’école, des séjours aux Etats-Unis et, journellement, des conversations avec une épouse américaine. Un regret, c’est d’être devenu moins bon en allemand qu’en anglais car le premier métier avait plus besoin de l’anglais mais il sait qu’il peut s’y remettre et possède encore de bons souvenirs.
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