La nouvelle vie de Paul Sneijder

Suite à un rarissime accident, Paul Sneijder ouvre les yeux sur la réalité de sa vie de « cadre supérieur » à Montréal : son travail ne l’intéresse plus, sa femme l’agace et le trompe, ses deux fils le méprisent…Comment continuer à vivre dans ces conditions ?...

Entretien avec Thomas Vincent, le réalisateur

Quand avez-vous décidé d'adapter "Le Cas Sneijder", le roman de Jean Paul Dubois, et pour quelles raisons ?
Les livres de Jean Paul Dubois sont comme les films de Woody Allen : dès les premières secondes vous savez où vous êtes ; il y a un charme qui vous prend immédiatement. Chaque fois que j'ai lu un de ses livres, je me suis interrogé : adaptable ou pas ? Pour moi ou pas ? Quand “Le Cas Sneijder” est sorti, en 2011, c’est Yaël Cojot-Goldberg, mon épouse et coscénariste, qui l’a lu en premier. Après l'avoir refermé elle m’a dit : celui-ci est pour toi. Il y a effectivement dans le personnage principal quelque chose qui me correspondait vraiment à ce moment-là, quelque chose de désespéré, avec une forme de distance ironique sur le monde que j’ai toujours d’ailleurs. J’aimais l’idée que l’histoire se déroule au Québec, sous la neige, ça lui donnait une force métaphorique qu’elle n’aurait pas eue autrement, comme une façon de sortir du réalisme tout étant dans le réel. Enfin il y avait cette grande qualité, omniprésente chez Dubois, ce talent qu'il a de vous faire rire des choses les plus tristes et inversement.

Quel travail d'adaptation avez-vous effectué ? Avez-vous délibérément souhaité tirer la fin de l'histoire vers une vision moins sombre, plus optimiste, d'où le titre un peu différent ?
Certains aspects du passé de Paul ont été gommés. Un film d’une heure trente c’est un roman de soixante-dix pages. Il faut élaguer. Je me suis accroché très longtemps aux aspects les plus surréalistes de l’histoire que j'aimais beaucoup. Aux oiseaux qui meurent par milliers et tombent du ciel. Et puis Yaël et moi avons fini par nous formuler que l’issue du livre nous frustrait en tant que spectateurs de cinéma. Ce que l’on peut accepter de noirceur à la fin d’un roman, comme une pensée mélancolique que l’on gardera, n’est pas tout à fait ce qu’on accepte d’un film. C’est plus immédiat et plus brutalement assené à l’écran. Il nous a donc semblé naturel d'extrapoler cet élément latent du roman : Paul se rend à Dubaï pour se confronter à cet ascenseur à la fois mythique et mystique. On voulait que ce soit un combat mené jusqu’au bout et finalement remporté.

L'un des intérêts de cette histoire réside-t-il, pour vous, dans le décalage existant entre le drame et certaines situations comiques ?
L’humour est évidemment une défense contre l’angoisse et l’idée de mort. Il est difficile de parler de sujets aussi graves que le deuil, la culpabilité, la lâcheté, la démission, en restant au ras des choses, au premier degré. Certains, comme Haneke, le font magnifiquement bien. Moi, je préfère établir un rapport de camaraderie complice avec le spectateur. Woody Allen et Dubois parviennent à créer un sentiment d’intimité dans le drame, comme une discussion amicale, que j’aime beaucoup. Façon de dire : ok, tout va mal, le cancer nous attend au coin du bois, l'histoire ne sera pas tendre avec nous, mais on peut en parler, sans grandiloquence, avec humanité, indulgence et surtout avec une bonne dose d’autodérision.

Comment votre choix s'est-il porté sur Thierry Lhermitte pour incarner Paul et que lui avez-vous dit du personnage, qu'attendiez-vous de lui ?
Thierry est un fan de Dubois, il fait partie de la communauté, de l’église « duboisienne ». Il avait donc lu le livre bien avant le scénario. Quand nous nous sommes rencontrés, je lui ai expliqué dans quelle direction je voulais aller, comment, pourquoi. Il a dit oui à chacune de mes idées comme si c’était une évidence. En un quart d’heure nous sommes tombés d’accord sur tout ou presque. Notre relation s’est construite sur ce mode, très simple, jamais conflictuel. Je voyais bien pourtant, qu’il y avait une réelle distance entre ce vers quoi je l’emmenais et ce vers quoi il serait allé naturellement. Mais il a été d’une loyauté totale. J’ai senti qu’il me faisait confiance.

Pourquoi avez-vous pensé à Géraldine Pailhas pour incarner cette adoratrice du dieu travail mais aussi épouse adultère ?
L’idée de lui proposer le rôle est venue très vite. On propose beaucoup à Géraldine des personnages de bourgeoises propres sur elles, c'est l'image qui s'est formée d'elle de film en film. C'est son « emploi » – avec tout ce qu'il y a d'ambigu dans le terme. Et en même temps, elle porte une vraie violence. Cela permettait un travail avec elle à l’aquarelle. Il y a le masque du personnage social, construit, et en transparence, on ressent que tout n’est pas aussi simple. Le pari que nous avions fait avec Géraldine, est, je trouve, très réussi. Et puis, grande découverte : on ne l’avait jamais vue, elle ne s’était jamais vue dit-elle, dans la peau d’un personnage burlesque à ce point. Alors qu’elle travaille souvent dans la nuance, il lui a fallu lâcher les chevaux et elle est allée avec gourmandise dans l’incarnation de cette Sainte Connasse. C’était extrêmement jubilatoire.

Comédie dramatique de Thomas Vincent. 3,8 étoiles AlloCiné.

Pour investir dans des films de cinéma :

75008 - CINÉFEEL PROD http://www.cinefeelprod.com


Voir toutes les newsletters :
www.haoui.com
Pour les professionnels : HaOui.fr